4 exercices au lieu de mettre vos mains dans la gamelle du chien

Pour éviter qu’un chien ne morde un membre de la famille en sentant son repas menacé, les conseils vont bon train. Celui qui a la peau dure, c’est celui de mettre les mains dans la gamelle lorsque le chien mange, ou de lui retirer pour lui donner ensuite. De cette façon, on lui apprendrait à accepter le fait qu’on puisse jouer avec sa pitance et à patienter sagement pour avoir le champ libre et continuer son repas. 

Le problème, c’est qu’en mettant les mains dans la gamelle du chien, on développe chez lui une “aversion à la perte”. On lui montre que son dîner peut être pris à tout moment, engendrant du stress, une ingestion plus rapide des aliments et parfois même… Des morsures. 

 

 

Pourquoi conseiller ça ?

Il y a encore quarante ans, l’éducation de la plupart des chiens se résumait à “tu fais bien, tant mieux, tu fais mal, tant pis”. Ce “tant pis” pouvant aller d’une correction physique, jusqu’à la mise à mort du fautif (un chien de berger mangeant les moutons, ou un chien de garde s’attaquant à la famille n’avaient pas leur place dans le foyer).

Ainsi le “dressage” des chiens devait être expéditif pour une efficacité immédiate. Mettre les mains dans la pitance du chien pendant son repas, et lui hurler dessus s’il osait relever les babines était une solution à court terme très convenable. Convenable, mais pas infaillible… 

Nous continuons pourtant à voir ces conseils dans des livres récemment publiés, ou dans des revues pour le grand public. Naturellement, nous aimons ce sentiment de contrôle sur la situation : le chien c’est le nôtre, il DOIT nous respecter, et il DOIT nous laisser jouer avec sa bouffe.

Nous voyons bien les effets immédiats de ce petit succès. Médor ne touche pas à sa gamelle et nous nous disons bien vite “l’apprentissage est acquis, il ne me mordra jamais si je dois lui reprendre un os”. Malheureusement, nous passons à côté des signaux plus légers : l’absorption rapide des aliments (au “lance-pierre”) qui conduit certains chiens à une torsion d’estomac, les regards en coin et le sentiment d’insécurité du chien qui a peur qu’on vienne encore l’embêter, et bien sûr la protection de ressources. Il s’est fait prendre une fois, pas deux : la prochaine fois il sortira les crocs dès que les doigts s’approcheront du bol… 

 

 

Une efficacité discutable

Pour comprendre, il est toujours plus facile de se mettre à la place du chien. Imaginez que lors de vos premiers repas dans un hôtel, un serveur vienne prendre votre assiette avant même que vous ayez pu goûter. Puis vous la rapporte, vous laisse goûter et la reprenne, sans vous prévenir ni vous expliquer la situation.

Vous allez rapidement sentir la frustration monter (surtout si vous avez faim)

Au fur et à mesure des repas vous allez surveiller les allées et venues des serveurs, et vous sentir frustré, agacé ou irrité en les voyant approcher.

Maintenant imaginez que vous ne parliez pas leur langue. Que vous ne puissiez pas leur demander pourquoi non de dieu, ils ne vous laissent pas finir votre plat… 

Eh bien vous retrouvez la même sensation que votre chien, qui n’a aucun contrôle sur la situation. 

Et exactement comme les chiens, nous allons tous réagir différemment : accepter notre sort et sourire poliment, montrer notre énervement ou encore râler après l’énième vol de votre assiette… 

 

Bien sûr dans ce paragraphe il est très facile de crier à l’anthropomorphisme (prêter au chien des sentiments et comportements humains) mais les chiens bien codés ne vont jamais voler la nourriture des autres. S’ils en veulent, ils iront demander la permission avec moult signaux pacifiques. 

S’ils sont codés comme des branques, là ils se comporteront en humains, en forçant le passage, donnant des crocs et créant de l’énervement dans les deux camps, et de la méfiance par la suite. 

Notez que d’après une étude de 2013, les chiens issus de refuge auront plus tendance à manifester des comportements agressifs autour de la nourriture. Il semble donc d’autant plus important de travailler correctement avec ces chiens, sans provoquer la frustration et donc naturellement, l’agression. 

 

 

Que faire au lieu de mettre ses mains dans son bol ?

Notre besoin de contrôle et de sécurité est tout à fait légitime. Il est normal de vouloir s’assurer que Médor n’ira pas pincer les fesses du petit dernier s’il échappe à notre surveillance, d’autant plus que la plupart des morsures sur des enfants émanent de ces situations. Pour cela, nous ne voulons certainement pas créer de la crainte, mais de la joie. C’est le principe même de l’éducation bienveillante (mais pas permissive !)

Le but ? associer la venue d’un humain à quelque chose de très positif. 

On veut que le chien soit tellement ravi de nous voir débarquer qu’il relève la tête de sa gamelle ou de son os en remuant de la queue, au lieu de reculer en courbant l’échine.

Le travail à effectuer, si possible en prévention et non en solution une fois le problème installé, se décompose en deux catégories.

 

  1. En dehors des temps de repas, travail sur le self control (résister à l’envie de plonger sur une croquette qui tombe par exemple). Beaucoup d’exercices simples existent pour apprendre au chien à ne pas réagir à ses premières pulsions, mais rediriger son attention vers nous en premier lieu. Ainsi, en cas de conflit, si la première intention du chien est de charger ou pincer, il se refrénera. Cette capacité peut être généralisée à tous les aspects de la vie (ne pas partir après un lapin, éviter les aboiements devant les fenêtres ou grillages…)
  2. Pendant le repas, travail sur la réponse émotionnelle. Pour énormément de chiens, l’approche d’un humain est une source de stress, suscitant soit un arrêt total de l’alimentation et une raideur musculaire, soit une absorption très accélérée des aliments. Notre but sera de créer une association positive avec notre approche (ou celle d’un congénère canin) pour la transformer en événement positif. Ainsi le chien sera heureux de nous voir approcher, et à la fin de l’apprentissage, délaissera même sa nourriture pour venir à notre rencontre (et ce, même s’il s’agit d’un os !).

Les exercices qui vont suivre doivent bien entendu se faire un chien à la fois, sans présence de congénères, même familiers. La présence d’autres chiens créent en effet une probabilité plus haute d’agression et de comportements frénétiques.

 

Travail du self control

Le self-control est une fondation importante dans l’éducation d’un chien. C’est une base qui lui permettra de ne pas répondre à ses premières pulsions (tirer en laisse, manger ce que vous venez de faire tomber, courir après un chat…). Le self control, c’est la maîtrise de soi, la capacité d’avoir une emprise sur ses actes et ses émotions. 

Quand vous étiez petit et qu’un autre enfant cassait votre jouet, un adulte vous rappelait de rester calme et de ne pas fondre sur l’incapable pour lui arracher les cheveux. A présent, vous savez qu’il est préférable, dans notre société, de patienter sagement à la caisse pendant qu’une personne âgée compte ses centimes depuis un quart d’heure, au lieu de taper un scandale. Personne n’est là pour vous le rappeler – vous avez intégré et intériorisé ce principe.

Ainsi, le travail du self-control chez le chien, pollué par mille “tu laisses, pas toucher, arrête, stop” n’a aucun sens. Si votre demande de cessation marche, c’est fantastique ! Mais si vous souhaitez réellement apprendre à Rex à se gérer seul, sans que vous ne deviez le surveiller en permanence, alors il va falloir apprendre à tenir votre langue.

 

Exercice 1 : les croquettes dans la main ou dans un bol

Vous connaissez surement déjà l’exercice, nous l’avons déjà abordé dans l’article sur le leurre inversé.

Selon l’âge et la taille de votre chien, vous pouvez opter pour l’une ou l’autre solution. Prenez des croquettes dans votre main fermée, ou dans un petit pot dont vous bouchez le trou avec votre main. Présentez l’un ou l’autre au chien. Le jeu ? Ne plus bouger du tout une fois que votre chien commence à chercher la nourriture. Pas de mots, pas de gestes pour le pousser ou relever les friandises. Vous ne bougez plus ! Laissez le chiot faire (ça peut prendre du temps !) et une fois qu’il cesse de mordiller, lécher, gratter ou aboyer, ouvrez votre main (ou relevez-là du bol).

Si le chien fait mine de vouloir voler les croquettes, hop ! Refermez la main, mais gardez-là au même endroit. Laissez le chien recommencer son inspection, et dès qu’il s’arrête, se recule ou se détourne du trésor, laissez-lui le regarder. Si, quand votre main est ouverte devant lui (ou le bol découvert) et qu’il reste immobile, génial ! Prenez UNE gourmandise et donnez lui. 

Il reste statique ? Récompensez-le, une croquette après l’autre.

Il fait mine de bouger ? Fermez la main, couvrez le pot, et attendez qu’il se fige à nouveau.

Excellente démonstration par Nathalie et Quinou

 

Attention, il est très important de toujours garder en tête votre objectif. Vous voulez que votre chien décide seul de résister à la tentation. Une main trop haute, un bol caché tout prêt de vous, un tout petit “non” “eh eh” “tss” l’empêcheront de faire un réel choix. Notez comme dans la vidéo ci-dessus, personne ne donne d’ordres au chiot..  Jouez le jeu ! 

 

 

Exercice 2 : la gamelle pleine à l’heure du repas

Apprentissage classique que vous avez surement déjà essayé. Quand c’est l’heure de manger, on demande au chien de s’asseoir, et il a ensuite le droit de manger.

Mais dans la plupart des cas, est-ce réellement son choix

Ne dites vous pas sans cesse “assis, assis, pas bouger” ? (d’ailleurs il serait temps d’apprendre à s’en passer)

Après avoir totalement maîtrisé l’exercice 1, essayez donc celui-ci. La gamelle pleine dans vos mains, allez jusqu’au lieu où votre chien mange habituellement, et appelez-le.. S’il ne vous suit pas déjà ! Placez-vous face à lui et… Attendez. Sauter, aboyer, tourner en rond doivent vous laisser de marbre. Par contre… Un assis, un couché ou une sage immobilité ? La gamelle va commencer à descendre au sol. Le filou se relève ? La gamelle aussi ! Il se rasseoit ? La gamelle redescend. Doucement. Aucun mot n’est prononcé, la gamelle seule indiquera quand votre chien a raison ou tort. 

Lorsque la sainte gamelle à touché le sol, dites “va manger !” ou “okay !” ou encore “à table !” si vous voulez plus de fantaisie. N’importe quelle commande fera l’affaire, tant qu’elle est claire. Elle signifie “bravo, tu as su garder ton self control, tu peux y aller à présent !”

 

 

Jours après jours, vous pourrez descendre la gamelle plus doucement. 

Ou une fois posée au sol, attendre une seconde avant l’ordre libérateur. Puis deux. Puis trois. Et même si la gamelle est par terre depuis cinq secondes, vous pouvez la reprendre si Milou décide de se relever sans votre accord. 

Puis on généralisera avec les friandises… Les jouets… Les balles… 

 

Travail sur la réponse émotionnelle

 

Le terme peut sembler compliqué, mais le concept est très simple. Imaginez une jauge allant du sentiment le plus négatif au très positif. Chaque activité, situation, lieu ou personne a sa place sur cette jauge. Le vétérinaire est souvent ressenti comme un moment négatif, alors qu’aller au club canin pour faire de l’agility est extrêmement positif. 

Si votre chien réagit très vivement lorsque vous approchez de sa gamelle, la situation se trouve surement dans le rouge, et est considéré comme une chose négative. 

Ce que nous voulons faire, c’est donc déplacer le curseur de cette situation (et toutes celles liées à la nourriture ou la possession d’objets ou d’endroits) dans la zone verte. 

 

 

Exercice 3 : Premiers lancés

A l’heure habituelle du repas, préparez la gamelle et attendez que votre chien s’asseye (cf. exercices de self control). Posez son bol à terre, libérez votre chien pour qu’il mange, puis allez chercher dans le frigo une gourmandise que votre chien adore plus que tout. Une saucisse, une sardine, un bout de crêpe, un bâtonnet de surimi… Vous le connaissez et vous savez ce qui le rend fou, pas vrai ? Misez sinon sur un bon gros bout de poulet, que bien peu de chiens vont refuser. Votre mission ? Passer à côté de votre chien pendant qu’il mange encore et lancer la friandise dans, ou à côté de sa gamelle. Vous ne l’appelez pas, ne faites aucun son pour l’attirer, et bien sûr vous ne vous arrêtez pas !

 

 

Une fois ce lancé fait, plus personne n’a le droit de passer à côté du chien tant que la gamelle n’est pas vide ET la friandise avalée. 

Cet exercice devra se faire tous les jours, pour tous les repas. Une fois la gamelle posée au sol, vous n’avez plus de droit de vous en approcher ni de la toucher, même pour poser la friandise dedans

Jours après jours, votre chien va comprendre que votre approche déclenche l’arrivée de quelque chose de très bon (qui peut varier selon vos restes de table, tant qu’ils peuvent être lancés).Il notera aussi que votre arrivée dans son champ de vision ne sera pas associée à la perte de son repas. Pour passer au niveau supérieur de ce nouveau jeu quotidien, il vous faudra attendre que votre chien décide de vous faire confiance. Quand il relèvera la tête de sa gamelle pleine pour attraper la friandise au vol, voire mieux, quittera sa gamelle pour vous accompagner à la cuisine et avoir la gourmandise… Vous avez gagné ! Sur la vidéo d’exemple, Zuma n’est pas encore assez rassurée pour s’arrêter de manger quand je lui lance un petit poisson. On attendra donc avant de passer à la suite !

 

 

Exercice 4 : Approche progressive

Attention, cet exercice ne commence que lorsque votre chien lève la tête de son repas lorsque vous arrivez avec la friandise, et remue de la queue. Tant que la tête reste basse, les oreilles en arrière ou la posture tendue… Ne passez pas à cet exercice. Vous risqueriez de ruiner vos progrès et revenir en arrière. 

Lorsque votre chien est franchement ravi de vous voir débarquer avec sa friandise, commencez à le contourner d’un tout petit peu moins loin. Cela doit se faire jours après jours, et non pas seconde après seconde ! Ce manège aidera votre chien à comprendre que votre approche continue de déclencher un lancé de friandise et ne lui retirera pas sa pitance. 

Tant que votre chien a l’air ravi, réduisez le tracé. 

Dès qu’il semble se crisper ou plonge son nez dans sa gamelle, revenez à l’exercice 3.

Petit à petit, vous pourrez même poser la friandise dans sa gamelle, ou verser une sauce ou une huile en complément alimentaire sans le déranger outre mesure. Vous pourrez également cesser de le récompenser lorsque vous passerez près de lui, car ces petits jeux visent à créer une association positive. Une fois qu’elle est là, il suffit de ne pas ennuyer le chien pour l’entretenir. 

N’abusez jamais de sa confiance, et ne jouez pas à le tester en le caressant, en lui empêchant d’acceder à sa nourriture ou quelque autre action que vous désapprouviez si vous les viviez. A partir du moment où la gamelle est au sol, elle appartient au chien tant qu’elle n’est pas vide. C’est un concept qu’on doit apprendre aux enfants le plus tôt possible, car même le plus gentil chien peut perdre patience.

 

Lui retirer n’importe quoi de sa gueule

N’hésitez pas à suivre le même procédé dans l’ordre (exercices de self control puis de réponse émotionnelle) pour des os, sabots et autres aliments et objets de valeur. Pour pouvoir récupérer son os (ou un cadavre qu’il aura trouvé en balade) vous devez bien entendu lui avoir appris le self control et la réponse émotionnelle avec sa gamelle. 

Commencez toujours par le plus simple (travail avec une gamelle de croquettes) pour arriver au plus compliqué (os charnu donné par le boucher). 

Il sera bien plus coûteux pour votre chien de laisser son os pour un bout de surimi, que de quitter ses croquettes pour le même bâtonnet de crabe… 

Article associé : Mon chien mange tout ce qui traîne

 

Mettez-vous à la place !

Quoi qu’il arrive, ne rentrez pas dans l’optique que votre chien DOIT vous laisser le déposséder de ce qu’il affectionne parce que vous êtes le maître… Mais demandez-vous comment lui montrer que vous pouvez mériter sa confiance. 

Exactement comme vous ne prêteriez pas 5€ à un inconnu dans la rue, mais vous prêteriez 50€ à un ami qui vous a toujours remboursé rapidement. 

 

Les exercices décrits dans cet article fonctionnent pour tous types de chiens, pour tous les âges et tous les passifs. Néanmoins, si votre chien manifeste des signes d’agressivités inquiétants (grogne, pince, fait mine de mordre), n’attendez pas et contactez un professionnel. L’agressivité liée aux ressources est bien souvent due à une forte aversion à la perte, et peut très vite conduire à de graves morsures si le chien n’entrenvoit que cette solution pour qu’on respecte son espace. 

Si vous aimez votre chien, ne le laissez pas dans cet état de stress intense

Si vous êtes éleveur, n’hésitez pas à partager cet article aux adoptants de vos chiots pour éviter les problèmes futurs (surtout chez les races prédisposées à la protection de ressources). 

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Mon chien n’écoute que quand j’ai des friandises 

En débutant l’éducation positive, nous avons tous eu un jour cette révélation. Médor n’écoute que quand j’ai des friandises ! Rappel, suite en laisse, assis, couché et autres demandes ne marchent qu’avec un bout de