Puppy Socialization – On l’a lu pour vous

  Nom : Puppy Socialization – An Insider’s Guide Auteur : Caryl Wolff Année de parution : 2014 Pour qui ? : Débutants et professionnels pour la liste d’idées d’enrichissements Nombre de pages : 260 Langue : Anglais Disponibilité : Amazon   L’américaine Caryl Wolff n’est pas une auteure sortie d’une campagne perdue. Très active … Lire la suite

Ce que le handicap de mon chien m’a appris

Votre meilleur ami vieillit, perdant sa vue ou son ouïe ? Vous admirez cet humain qui a adopté un animal handicapé ? Vous rêveriez de faire pareil, mais vous vous dites que vous n’êtes pas assez à la hauteur. Pas suffisamment formé, pas assez patient, trop  empathique ? Voir souffrir ce chien de sa différence au jour le jour, restreindre ses activités pour son bien, tout cela semble trop dur. Et pourtant : tout le monde peut adopter un petit handicapé. Après une mûre réflexion, des renseignements sérieux, sautez le pas, y compris en tant que primo-adoptants, c’est possible. Mais comment vivre avec au quotidien ? Quelles sont les meilleures astuces pour communiquer avec ? 

Quand notre chien vieillit, ses capacités diminuent progressivement. Nous avons le temps de nous y faire, bon gré mal gré. Notre lien, déjà construit depuis sa prime jeunesse nous aide. En revanche, adopter un handicapé, c’est accepter qu’il y a un problème dès le début, qu’il restera et qu’il a peut-être déjà marqué l’animal. Nous pouvons adapter le quotidien : mettre le chien sourd en longe près des routes, mais comment communiquer avec ? Ces obstacles semblent insurmontables, pourtant, de nombreux humains sautent le pas. Quel regard a le chien sur son propre handicap ? Quelles sont les meilleures astuces pour communiquer avec son chien sourd ? 

Le regard du chien sur le handicap

Quand on pense à la surdité ou à la cécité, on pense automatiquement à la dépendance. J’étais persuadée que l’apprentissage du rappel serait simple avec Syel. Cette chienne de refuge est double merle. De ce fait, elle est sourde et présumée malvoyante. Ce handicap l’avait probablement rendue très timide avec les humains et ses congénères. Son monde tournait autour de ma personne, seule Ness et moi pouvions la caresser. En balade, elle aurait sans doute besoin que je la guide, que je la rassure. Quand elle s’éloignait de trop, on la voyait hésiter, renifler les gens pour me chercher un bon moment avant de me retrouver. Sans doute passerait-elle sa vie collée à moi ? Que nenni. 

La miss a de suite montré des gènes d’exploratrice née. Le nez dans ses odeurs, explorant très loin sans douter de rien, elle avait un cercle de suivi vraiment grand. Cette facette m’a à la fois fascinée et refroidie à l’idée de la lâcher. Étais-je déçue de ne pas être l’Unique pour mon chien handicapé que j’aurais voulu couver ? Un peu, probablement, mais cela n’a finalement fait que me conforter dans mon idée de lui offrir une vie normale. La débrouillardise des chiens handicapés est un gros point positif, c’est la preuve qu’ils peuvent s’épanouir. Aujourd’hui, c’est toujours elle qui marche devant et ouvre la voie. 

Les chiens ont une telle capacité de résilience, une telle adaptabilité qu’on en voit courir sur les pattes arrière, ou d’autres marcher encore malgré une patte amputée à l’avant-main droite et une autre à l’arrière-train gauche. 

Jadis sauvages, les ancêtres de Fido devaient pallier leur fragilité s’ils veulaient survivre. Notre compagnon de canapé a hérité de ces capacités, c’est ainsi qu’une chienne se remet de sa stérilisation en deux jours, et qu’on doit la forcer à ne pas courir. Il a scientifiquement été prouvé que les animaux ressentent la douleur, d’où l’interdiction de la taille des oreilles en France. Néanmoins, contrairement aux humains, ils ne sont probablement pas conscients de leur différence. Leurs congénères le traitent généralement de manière égale. Ainsi, le seul vrai critère d’acceptation au sein d’un groupe déjà équilibré est l’émission de signaux  corrects. 

C’est en réalité l’humain qui a le plus de mal à s’adapter à la nouvelle situation et qui doit tout réapprendre. N’abordez pas cette potentielle adoption en pensant avoir à sauver un “dépressif”, potentiellement rejeté de tous. Votre futur meilleur ami ne prend généralement pas son handicap en compte. Vous n’aurez donc pas un animal potentiellement détruit par sa différence. S’il est brisé, c’est uniquement à cause d’un passé peu glorieux ou de tendances génétiquement acquises. Un animal d’élevage mentalement fragile peut avoir plus de difficultés que ce chien à deux pattes, sans traumatisme particulier. 

 

Notre culpabilité humaine : leur véritable handicap

 

Un chien handicapé, avant tout un chien à éduquer

Lorsque nous adoptons un chiot, son éducation est notre priorité. Nous voulons le socialiser, lui enseigner des règles essentielles : le rappel, la marche en laisse, arrêter de tout manger par terre. Le protéger fait partie de nos devoirs implicites. Nous nous sentons responsables de ne pas le lâcher près d’une route quand son rappel est encore fragile. 

Avec un chien handicapé, que ce soit inconscient ou non, la tendance est inversée. L’idée de le couver, de le protéger envers et contre tout devient la priorité. Plus la différence est lourde, le passé compliqué, plus nous éprouvons le besoin d’entourer cet être de souffrance. Nous évitons de “trop” lui demander, par peur de le mettre en échec, parce qu’il ne “pourra” pas. Comment imaginer qu’un chien aveugle se balade en forêt ? Qu’un sourd revienne au rappel ou qu’un amputé court à nos côtés ? Ces situations de la vie quotidienne peuvent aussi bloquer une adoption par anticipation. 

Et si cette discrimination positive était en réalité, plutôt négative ? Enfermer le chien dans cette incapacité revient à le condamner à la dépendance. Son handicap physique n’entrave pas les capacités mentales d’un compagnon qui a besoin d’autonomie mais aussi de complicité avec son humain. Ne freinez donc pas son éducation, dites-vous que le rappel doit, au contraire, être davantage travaillé avec un sourd, que la proprioception est d’une importance capitale pour l’aveugle. En un mot, l’éduquer, c’est le protéger. 

Mais comment lui apprendre des choses, si l’on considère déjà manquer d’expérience ? Comment communiquer avec notre ami et jusqu’où adapter son apprentissage ? Pour ce point, nous nous focaliserons sur l’exemple de Syel, ma border collie au passé désastreux. Malgré sa surdité et une potentielle malvoyance (degré jugé léger), elle est lâchée 90% du temps en balade, elle maîtrise presque tous les exercices de Mission Rappel (trois lui sont inaccessibles seulement). Finalement, elle a obtenu son CSAU et son Pass de Dog Dancing. Un an et demi après son adoption, elle a aussi gagné la deuxième place en Freestyle 0 lors de son premier concours, dans la catégorie des valides. 

Éduquer son chien déficient : casser les clichés

Être éducateur ne change pas vraiment la situation. Face au handicap, nous sommes tous déroutés au commencement. C’est une nouveauté absolue. Se documenter prépare les grandes lignes, mais nous découvrons les détails au jour le jour. 

C’est pour cela qu’avant de s’atteler à l’éducation, encore faut-il connaître l’individu sur qui l’on va appliquer la méthode. Ainsi, malgré ma préparation Syel m’a offert bien des surprises, autant bonnes que mauvaises. 

 

La communication avec les congénères

Moi qui pensait avoir un lourd travail à faire pour l’aider à communiquer avec ses congénères, j’ai seulement eu à travailler sa réactivité. Une fois les signaux acquis, elle les a exprimés comme n’importe lequel d’entre eux. Oui, ma chienne sourde grognait et aboyait à loisir, tout à fait capable de savoir quand utiliser l’un ou l’autre. C’est aujourd’hui une communicante excellente, capable d’une grande finesse dans sa lecture. Seule différence : je dois l’aider quand l’autre chien grogne tandis qu’elle ne le regarde pas. Le reste du temps, l’attitude générale lui suffit, corps raidi, muscles faciaux contractés, Syel lit très bien les  les signaux de communication bien qu’elle n’entende pas les avertissements sonores.

Soyez simplement plus attentif lors des balades collectives, choisissez un nombre réduit de congénères calmes et un endroit dégagé pour un chien aveugle. Concernant l’animal sourd, valorisez énormément le regard, ainsi que l’anticipation. Syel a toujours été félicitée quand elle revenait de sa propre initiative auprès de moi. J’ai travaillé pour qu’elle ait le réflexe de me consulter, ce qui me permet d’anticiper les problèmes au lieu de les réparer. Dès qu’elle voit un chien ou un vélo sur son chemin, la blanche se stoppe et me regarde. Je peux lancer une récompense au loin, lui offrant ainsi une certaine autonomie lors de nos balades. Elle a petit à petit gagné ma confiance en revenant très souvent d’elle-même “demander la permission” ou voir ce que tel ou tel changement impliquait. 

Avoir un chien déficient ne vous oblige pas à prendre des précautions extrêmes, mais cela n’excuse pas non plus les débordements. Apprenez-lui à attendre votre autorisation, afin d’éviter que votre gentil foufou ne fonce vers un chien réactif. Vous pouvez le libérer d’un geste, un regard ou grâce à une commande vocale. Son handicap ne le dispense pas de respecter ses congénères, évitant ainsi des conséquences désastreuses pour lui, mais aussi pour le chien d’en face. Afin de pallier le problème, certains conseillent l’utilisation d’un collier vibrant. Sur le papier, l’idée est alléchante : Grâce à la télécommande, vous pouvez gérer votre chien, qu’il soit sourd ou aveugle. À vous les balades en liberté, sans risque pour les vélos, les copains ou pour votre meilleur ami. Pourquoi s’embêter à renforcer l’attention du déficient sur vous ? Pourquoi le forcer à revenir fréquemment de son propre chef ? Ces questions méritent qu’on y réfléchisse.

Le piège de l’aide extérieure 

 

Après réflexion, je ne suis pas en faveur du collier vibrant. Le déconditionnement à la vibration est incertain. Fréquemment, le chien y demeure sensible malgré les associations positives, toujours surpris par l’effet soudain sur son cou, endroit particulièrement sensible du corps. Enfin, être dépendant de cet objet revient à troquer sa longe contre un fil invisible plus désagréable. Enfin, n’oublions pas, toute éthique mise à part, l’éventuelle panne au mauvais moment. Un excellent suivi naturel, associé à de fréquents regards à l’initiative du chien sont plus fiables une fois correctement renforcés.

D’ailleurs, cet outil est de plus en plus rejeté par les associations qui aident les chiens sourds. Ils doivent apprendre à revenir au rappel grâce aux gestes, mais n’en ont quasiment pas besoin, s’ils le font d’eux-mêmes. Je gère l’environnement, ma chienne se gère. L’apprentissage est plus long, plus fin car je lui enseigne à réfléchir et à agir en amont, mais il n’est pas inaccessible. Pour obtenir un chien libre 90% du temps, j’ai valorisé notre relation et la maîtrise des autocontrôles grâce aux petits jeux de Mission Rappel. Ses progrès sont d’ailleurs visibles, à chaque étape, dans la formation. 

Vous pouvez en revanche utiliser un collier GPS en soutien. Cela ne veut pas dire que vous pouvez vous passer d’un apprentissage assez pointu pour lâcher votre loulou en toute confiance, néanmoins ce collier peut rassurer au quotidien. C’est un outil inoffensif qui peut pallier au 1% de risque de perte. Évidemment, si votre malin prend la tangente ou s’égare, veillez à ne plus le lâcher de suite. Retravaillez les exercices, testez son rappel et son suivi dans des zones sécurisées avant de le laisser à nouveau galoper en toute liberté.

La perception de l’environnement

J’ai remarqué que Syel sursautait dans la rue. J’ai longtemps cherché ce qui l’effrayait, vu qu’elle se retournait parfois violemment, même dans une ruelle déserte. Après réflexion et observations, il s’est avéré qu’elle manque cruellement d’informations au sujet de son environnement. Ma chienne qui n’entend pas l’enfant qui court, sursaute forcément lors de la rencontre nez-à-museau. Les chiens qui arrivent par derrière la surprennent. Sans oublier des objets banals comme ce sac plastique qui volette tranquillement vers son dos. Elle a une mini phase de raidissement lorsqu’on la prend en défaut. 

N’hésitez donc pas à acquérir un harnais spécial avec une inscription “chien sourd/aveugle, ne m’approchez pas”. Les gens bravent parfois la mention, mais cela vous donne au moins le droit légitime d’exiger qu’ils s’éloignent. Chez vous, posez des parcours avec différentes sensations : un chemin étroit avec des planches, un sac qui traîne et que votre loulou peut frôler, différentes textures au sol. Habituez-le, par étapes, à la sensation d’objets qui glissent contre son pelage. Qui dit liberté implique conscience pleine de son corps et de son environnement. Que le chien soit sourd ou aveugle, nous pouvons développer ses autres sens et lui apporter notre aide pour des balades en toute sérénité, avec une relative autonomie.

 

Que ce soit pour le chien sourd ou aveugle, je ne vous vendrai jamais la possibilité d’une liberté totale. Il est très vivement conseillé de rattacher le plus éduqué des déficients près d’une route afin d’éviter le moindre risque. Si nous pouvons repousser la plupart des limites du handicap, nous devons aussi reconnaître que certaines sont immuables.

Encourager les autres sens

Quel est le sens le plus développé du chien ? Celui qui ne lui fera jamais défaut ? Le flair ! Souvent sous-estimé, ce dernier peut pourtant pallier le handicap de manière assez extraordinaire. En entraînant la truffe de votre compagnon à chercher votre odeur, les possibilités de promenades en libre se multiplient.

À la maison, apprenez à Fido à retrouver une trousse pleine de friandises, puis prenez-la avec vous et cachez-vous. Vous pourrez ensuite retirer l’objet pour que votre limier se concentre sur votre odeur. Non seulement, il apprend à remonter la piste s’il se perd, mais se rassure fréquemment en balade en captant votre parfumPassez petit à petit d’endroits dégagés et plats à des endroits cabossés comme l’orée d’une forêt. Vous pouvez aussi lui apprendre des commandes vocales pour le guider : droite, gauche, attention. Aidez-vous de la cessation à la pression, en balade, tirez doucement sur la laisse vers la droite, félicitez quand il cède. Une fois l’exercice compris, donnez votre commande à l’instant T où Sultan tourne avec vous. Petit à petit, délayez le signal vocal pour le dire avant de prendre la direction. Ceci acquis, il ne vous reste plus qu’à faire de même avec d’autres commandes. Enfin, pour enjamber un obstacle, servez-vous d’un obstacle bas, plat et anti-dérapant, aidez-le à monter au début en vous servant d’une laisse et d’un harnais.

Souci avant de débuter ce processus : certains chiens malades ou âgés perdent la vue et l’ouïe en même temps. Doit-on abandonner l’apprentissage ? Doit-on se résoudre à les sortir uniquement dans le jardin ? Et bien non car là encore, vous pouvez adapter votre manière de faire. Si votre marqueur était vocal ou gestuel, pourquoi ne pourrait-il pas être tactile ? Saviez-vous que certains chiens privés de plusieurs sens voyagent, voire participent à des activités en club ? Voici comment leurs humains ont procédé.

Lâcher la laisse de son chien sourd et aveugle

Vous pouvez prévenir un chien aveugle et sourd grâce à un commande donnée via le toucher : une pression sur l’épaule peut signifier « lève les pattes, ça grimpe » par exemple. L’apprentissage est légèrement plus délicat mais la méthode est semblable. Commencez en laisse et harnais. Travaillez sur un sol non-glissant qui pourrait amortir une chute. Posez un obstacle très facile à passer et doux (un petit tapis en mousse par exemple), bien stable. Automatiquement Fido va lever les antérieurs en butant dessus. Dirigez toujours votre chien lentement et doucement. Le but est de lui donner confiance. Félicitez et récompensez (avec un marqueur spécifique enseigné avant, comme un doigt qui passe sur le museau par exemple). Quand Fido est habitué, pressez légèrement son épaule, toujours de la même manière : sur l’omoplate, avec l’index si vous avez débuté ainsi. Après diverses répétitions, délayez la commande afin de la donner juste avant de passer l’obstacle. Par la suite, complexifiez le parcours avec des obstacles un peu plus hauts. Prenez garde en choisissant vos marqueurs tactiles : Toutou doit être à l’aise avec, certains détestent qu’on caresse leurs pattes par exemple. Veillez aussi à ce qu’ils soient confortables pour vous selon la situation. Demandez une marche au pied en caressant le ventre de son chien serait vite gênant. Votre petit handicapé peut désormais compter sur vous pour le guider sur les terrains inégaux.

Tous ces exercices développent les sens de Rex et lui apprennent à résoudre des problèmes afin de le rendre plus autonome. Si votre chien n’est victime d’aucun handicap, vous pouvez profiter et le préparer doucement à la vieillesse en transférant vos commandes vocales : apprenez-lui à répondre à un « assis » via le toucher. Donnez le signal de vive-voix et en touchez la patte en même temps par exemple. En plus d’être plus facile, cet apprentissage est un amusant moyen de faire travailler le cerveau de votre meilleur ami. 

Les commandes fines

Quand on veut éduquer un animal handicapé, c’est le point qui prend le plus par défaut. On se confronte à des problèmes que nous n’aurions jamais imaginé. Heureusement, cela n’entrave pas le quotidien, mais on peut avoir envie d’aller plus loin avec son chien

Concernant Syel, je pratique avec elle le dog dancing. J’ai donc besoin qu’elle connaisse beaucoup de tours et qu’elle les enchaîne. Je n’étais pas vraiment inquiète, après m’être beaucoup renseignée, concernant les signaux. Certes, je me doutais que ce serait compliqué d’inventer des dizaines de positions bien différenciables, mais les chiens comprennent et préfèrent les gestes à la voix. C’est bien pour cela qu’on a du mal à se passer du leurre en dog dancing : Faites signe Toutou de se coucher en lui disant assis, il obéira plus facilement à votre doigt. 

Lever le pouce pour dire “bravo” à l’instant T où votre chien agit correctement est en revanche, plus compliqué. En bon être vivant, ce dernier tourne la tête, regarde ailleurs. Il suffit d’avoir les mains occupées par une laisse, de tarder une demi-seconde de trop et je ne captais plus les yeux de ma blanche. Autant dire que l’apprentissage était parfois frustrant. La miss décrochait plus aisément, parce qu’elle ne comprenait pas ce qu’elle devait faire, notamment parce que les récompenses tombaient en décalé. 

Le manque de distinction entre le petit “c’est bien” d’encouragement pour une approche de la solution au “ouiiiii” extatique ralentit encore l’affaire. Si s’asseoir à demi vaut le même pouce levé que le faire complètement, autant ne pas s’embêter. 

Enfin, la question des commandes complexes à distance s’est posée pour les tricks et le dog dancing. Comment récompenser un saut qui finit de dos ? Comment féliciter une micro-étape dans l’instant ? 

Nous apprenons toujours que pour marquer un comportement, il faut un signal défini : le clicker, un “yes” ou dans le cas de ma chienne, un signe spécifique. Pourtant, ce pouce levé m’entravait parfois, cassant la fluidité entre l’exécution de la commande et la récompense. De ce fait, Syel était frustrée ou ne comprenait pas pourquoi elle avait été félicitée. Lors de certains exercices comme la marche au pied, j’ai donc cessé d’utiliser mon marqueur. La récompense alimentaire tombe directement, de manière aléatoire, dans sa gueule. La border collie sait que ce comportement est le bon, elle doit juste continuer de l’exécuter, pas besoin d’insister avec un pouce levé. 

Pour les enchaînements vifs ou les tricks à distance, je me passe donc du fameux marqueur. Concernant les chiens aveugles, vous pouvez favoriser le toucher, en choisissant des positions où il peut être contre votre peau : au pied, entre les jambes, slalom. Pour la distance, c’est un peu plus complexe mais pas inatteignable. Guidez-le avec la voix jusqu’à une cible dont la texture se distingue bien du sol ou utilisez-en des odorantes afin qu’il les retrouve. Sur les réseaux sociaux, certains pratiquent du dog dancing avec des chiens sourds et aveugles grâce au toucher. Rien n’est impossible. 

 

Parler à son chien sourd, regarder son chien aveugle

Dernier point, mais non des moindres. Considérez votre handicapé comme un valide. Ayez un comportement normal pendant l’apprentissage. Au début, je m’appliquais à ne pas parler à Syel, ce qui figeait petit à petit mes traits. Le sourire accompagne nos exclamations de joie, nos mimiques quand nous sommes contents de notre chien. Une professionnelle, ayant déjà recueilli de nombreux chiens sourds m’a conseillé de continuer à parler à ma chienne. Elle n’allait pas être vexée, non, que je ne la ménage pas vis-à-vis de son handicap. Au contraire, puisque le pouce levé manquait de nuance, un sourire élargi ferait la différence. Et c’est vrai. 

Si Syel a toujours été motivée avec les exercices de Mission Rappel, elle était très molle pour faire des tricks, au point que je pensais qu’elle n’aimerait pas ça. En réalité, je la coupais de toute réelle récompense sociale. Sans expression sur le visage, mon pouce levé n’exprimait qu’un “c’est bien” terne, dénué d’humanité, promettant l’arrivée d’une friandise sans saveur. 

Parler à un chien sourd n’anime pas ses oreilles, mais réveille notre langage corporel auquel il est sensible. En lui refusant, par pudeur peut-être, des mots, je la coupais de toute communication avec moi. Alors même si j’ai l’air ridicule, même si j’ai déjà eu des remarques gênantes comme “elle ment son chien n’est pas sourd, elle lui parle”, je suis un véritable moulin à paroles avec Syel. Mes “superrr” me font lever les bras, je sautille sur place en la félicitant et mes lèvres bougent. Ma chienne a appris que mon sourire est un renforçateur social

Regarder un chien aveugle ne coûte rien. Au pire, il ne se rend pas compte que vous le fixiez, au mieux, il sent votre attention, qui lui est entièrement dédiée. Quoique votre animal malade, vieillissant ou blessé puisse capter, offrez-lui une chance de le faire en communiquant par tous les moyens possibles avec lui. 

Se remettre en question : la preuve que vous êtes prêt

Bien sûr, leur handicap exige des adaptations techniques. On ne résout pas grand-chose de concret en discutant avec un chien dénué d’ouïe, mais cela nous aide à agir naturellement. Ce texte ne contient que des fragments de conseils. Dans la pratique, vous créerez de nombreuses astuces avec votre meilleur ami accidenté ou vieillissant, vous adaptant à son caractère et à votre mode de vie. 

Quant à l’adoption, bien qu’elle doive toujours être un acte réfléchi, et celle d’un animal handicapé encore plus, quiconque se sent prêt à en assumer les responsabilités peut se jeter dans l’aventure. Si vous êtes réellement inquiet, proposez-vous d’abord comme famille d’accueil. En plus d’aider une association, vous vous assurez d’être prêt à adopter un déficient (et c’est ok si vous ne le souhaitez pas, chacun à ses motivations). 

 

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