Chien sur le lit, Risque de conflit ?

Peut-on dormir avec son chien ? Les débats sont nombreux : « C’est sale », « il faut garder les privilèges d’un chef », « il va devenir jaloux »… Certains sont catégoriques, pour d’autres, un dilemme se pose ! D’un côté, la présence de leur meilleur ami les réconforte. De l’autre, ils ont peur de regretter d’avoir cédé dans certaines circonstances (changement de comportement, chaleurs, pattes sales, maladie). De nombreux éducateurs disent que le chien a besoin de cohérence. Impossible de lui dire oui ce soir, puis non le lendemain. La question se pose alors : peut-on partager notre lit avec notre compagnon à quatre pattes ? Et si oui, peut-on accepter ou retirer ce privilège selon les circonstances sans le perturber ? 

Dormir avec son chien comporte des risques d’hygiène. Néanmoins des études soulignent les bienfaits de cette pratique sur notre santé mentale. À chacun de peser le pour et le contre. Cependant, la crainte que Fido “prenne le dessus” en accédant au lit ne devrait pas compter dans votre choix. Un chien qui grogne quand on essaye de le faire descendre fait de la protection de ressources. Heureusement nous pouvons résoudre problème de comportement avec de la patience. Vous pouvez aussi enseigner à Fido à accepter ou renoncer au lit, en lui apprenant la notion d’interdit implicite. 

Est-ce bien de dormir avec son chien ?

Appuyée par de nombreuses références scientifiques, Mary W. Rose évoque l’utilisation de chiens d’assistance pour améliorer le sommeil des patients. Les bénéficiaires des diverses études souffrent de narcolepsie, de somnambulisme, d’apnée du sommeil ou de syndromes post-traumatiques. Dans tous les cas, la présence d’un chien d’assistance, formé pour les apaiser était positive. Ainsi, une somnambule chez qui les traitements médicamenteux avaient échoué n’avait quasiment plus de crises. Selon elle, la capacité du chien à nous rassurer pendant notre sommeil est indéniable. Cependant, certains comportementalistes canins sont contre cette pratique qui encouragerait le chien à devenir jaloux, davantage anxieux voire dominant.

Mon chien veut  toujours monter sur le lit 

les chiens sont des êtres sociaux qui aiment dormir avec nous

Habitué au confort depuis sa domestication, le chien cherche naturellement le lieu qui semble le plus confortable. Que choisiriez-vous entre un tapis, si rembourré soit-il au sol, et un canapé moelleux ? Fido a exactement le même raisonnement, petit bonus si vous êtes dedans. En tant qu’êtres sociables, beaucoup cherchent la proximité avec l’humain. Génétiquement sélectionné pour aimer notre présence, notre ami n’aspire qu’à des caresses en grimpant sur vos genoux. On pense souvent qu’il faut jouer, interagir activement avec son chien pour répondre à ses besoins sociaux. Néanmoins, des activités passives comme partager une balade calme ou dormir contribuent aussi à remplir la jauge. Gênés par la chaleur ou nos mouvements pendant le sommeil, certains chiens ne sont pas adeptes du co-dodo. Néanmoins, la plupart adorent synchroniser leur respiration avec la nôtre. Ce moment intime n’est pas sans leur rappeler leurs siestes avec leur fratrie, où ils dormaient tous enchevêtrés.

Démantelée depuis longtemps par son propre créateur, la théorie de la dominance de Schenkel s’est effondrée. Une chute qui a entraîné avec elle, de nombreux préjugés concernant le lieu de couchage du chien. Plus besoin de passer les portes avant lui, ou de se réserver le point culminant (la place du chef). Le choix de laisser Ficelle profiter de votre oreiller devrait uniquement de vos valeurs hygiéniques. Malheureusement, cette révélation ne semble pas correspondre à tous les chiens, puisque certains grognent quand on cherche à les déloger. Pire, certains de nature adorables deviennent agressifs avec le conjoint au point de le mordre. 

Mon chien me grogne dessus quand il est sur le lit

Aux yeux du chien, notre lit, associé à notre présence, est une source de confort. C’est une ressource précieuse, au même titre que nous valorisons notre foyer, rassurant et chaleureux. Nous avons tous entendu parler de personnes qui luttaient pour protéger leur bien contre une institution qui voulait le détruire. 

Transférez ce sentiment de dépouillement, de désespoir puis de rage à Sultan.. Vous comprendrez mieux sa réaction quand on lui demande de descendre du canapé. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, ce problème n’est pas forcément associé au passé de l’animal. Certains issus de refuge consentent sans problème à céder leur place sur le lit. D’autres ayant grandi dans le confort, sont persuadés qu’on va les en priver. Ce trouble du comportement dont nous expliquons les signes dans ce diaporama s’appelle la protection de ressources.

Chien qui fait de la protection de ressources sur son lieu de couchage

Protection de ressources, l’erreur absolue

Elle s’applique potentiellement applicable à tout ce que le chien considère comme étant digne de défendre. En coaching nous avons suivi un border qui défendait son propre vomi face à ses humains qu’il mordait férocement. Certains chiens y sont naturellement prédestinés à cause de leur race ou de la génétique de leur lignée. D’autres développent de la protection de  ressources suite à de mauvaises expériences. L’exemple le plus parlant ? L’enfant qui dérange le chien pendant sa sieste.

Dans ces cas-là, la réaction la plus naturelle -mais aussi la pire- est de réprimander Rex quand il grogne. On apprend ainsi au chien qui communique son mal-être à ne plus avertir. La prochaine fois que sa demande d’espace ne sera pas respectée, souvent jeté hors du lit, il mordra. Ce conflit autour des ressources est d’ailleurs l’une des plus fréquentes causes de morsure selon l’American Veterinary medical Association (AVMA). Au lieu d’être un élément positif, nous devenons un danger, susceptible de voler le bien de notre chien. La meilleure solution est de lui montrer que nous ne lui voulons pas de mal. Partager ponctuellement son bien avec nous ne signifie pas sa disparition.

Rééduquer un chien qui fait de la protection de ressources

Si nous pensons que le chien mérite que l’on respecte ses trésors et son espace, il est parfois nécessaire de les lui reprendre. Mettre des médicaments dans la gamelle, enlever un morceau d’os coupant, passer près de canapé ou simplement, pouvoir se coucher dans son lit… La protection de ressources est un problème sérieux qu’il faut travailler avec un professionnel. Néanmoins, voici quelques astuces pour aider votre chien à comprendre que vous n’êtes pas un danger pour son confort, en attendant l’éducateur. Elles vous aideront grandement à diminuer le risque de conflit, voire de morsure. 

On peut entraîner son chien pour qu'il ne fasse plus de protection de ressources

Restez à distance du lit et jetez de délicieuses friandises, puis partez, sans rien attendre quoique ce soit en retour. Après quelques instants, réitérez l’expérience. Si Fido grogne, c’est que vous êtes encore trop proche, écartez-vous et lancez la friandise de plus loin la prochaine fois. Faites plusieurs essais à la même distance avant de vous rapprocher. Votre chien doit être vraiment détendu avant de passer à la suite. Au fil des séances, asseyez-vous sur le coin du lit et continuez de récompenser votre chien. Vous pouvez désormais attendre qu’il vous regarde dans les yeux, comme dans les exercices que nous proposons dans cet article sur la protection de ressource. Le but est que votre chien associe votre présence à quelque chose de positif. Non seulement vous ne lui retirez pas son bien, mais vous augmentez encore son confort.

Mon chien est jaloux de mon copain 

Quand nous vivons en couple, un des conjoints se couche souvent plus tard que l’autre. Il arrive que le chien semble jaloux et grogne dessus, l’empêchant parfois violemment d’accéder au lit. Encore une fois, Toutou ne considère pas que votre femme/mari est sa femelle ou son mâle. Il associe simplement cette personne à une ressource précieuse dont il ne veut pas être dépouillé, lors de ce rituel précis qu’est le coucher. Parfois dérangé alors qu’il dormait par le conjoint rentrant dans la pièce, il apprécie d’autant moins l’intrusion. Dans ce cas, il est encore plus important de consulter un professionnel. Ne commencez aucun entraînement seul. Si le lit est un élément neutre avec lequel il est relativement simple de travailler, cela reste risqué avec un humain. Frustré à cause d’étapes mal faites ou passées trop rapidement, Fido pourrait rediriger son agressivité sur le référent qu’il protège. 

Pendant le processus de rééducation, évitez de dormir avec lui pour ne pas risquer une morsure à cause d’un geste brusque ou en revenant des toilettes. Proposez une alternative très confortable à votre chien : le canapé ou un panier moelleux où vous lui aurez appris à aller à grand renfort de savoureuses friandises. Durant la journée, faites plusieurs “essais blancs” : appelez-le depuis une autre pièce, offrez-lui une récompense et laissez-le repartir. Comme vous ne l’empêchez pas de retourner sur le lit à chaque fois et que vous le faites sans violence, Fido devrait facilement accepter de rester dans le salon de temps en temps. En cas d’anxiété de séparation prononcée, toutefois, faites de suite appel à un éducateur pour régler ce problème, ne mettez pas votre chien en détresse en lui imposant une solitude qu’il ne supporte pas. 

Dormir avec son chien crée-t-il l’anxiété de séparation ? 

Puisque dormir avec son chien resserre nos liens, il est légitime de se demander si cela ne crée pas de l’anxiété de séparation. De nombreux éducateurs conseillent de ne jamais habituer le chiot à venir dans la chambre, il faudrait même laisser mini-Lassie pleurer toutes les larmes de son corps. Or, ne pas le rassurer, c’est lui prouver qu’il restera seul face à l’adversité et que personne ne lui viendra en aide. Le chien se tourne alors vers des comportements alternatifs qui le soulagent comme aboyer, pleurer ou détruire. Il peut même développer de l’anxiété de séparation. De la même manière qu’un chien qui nous suit partout (jusque dans les toilettes) n’est pas forcément enclin à ce trouble du comportement, un autre qui reste dans son panier toute la journée peut avoir peur de la solitude. Les démonstrations d’affection extraverties ou non ne sont pas synonymes de confiance ou d’inquiétude à l’heure de rester seul. 

J’ai connu un akita très détaché émotionnellement qui détruisait quand ses humains sortaient, tandis qu’un berger allemand extrêmement pot-de-colle acceptait facilement l’absence. Même si votre chiot finit par ne plus pleurer quand il reste dans le salon, il n’aura jamais résolu le problème de base. Ce dernier ressurgira quand vous passerez la porte d’entrée. Les clés contre l’anxiété de séparation sont ailleurs, votre loup doit apprendre qu’il y a un temps pour être avec vous et un autre pour rester seul, sachant que vous reviendrez toujours. 

Nicole Wilde, comportementaliste de référence dans le domaine nous confirme dans son livre Don’t leave me ! Step by Step Help for Your Dog’s Separation Anxiety : dormir avec son chien ne crée pas l’anxiété de séparation. Certes, nous n’aidons pas notre compagnon à se détacher et vivre sereinement la solitude, mais la source du problème est ailleurs et la rééducation doit être progressive. Mettre Fido à la porte ne changera rien du jour au lendemain. Vous devez travailler avec un professionnel pour aider votre chien à accepter vos départs avec plus de sérénité, sans passer nécessairement par la case “le jeter hors de la chambre”. 

Comment empêcher mon chien de monter sur le lit ? 

Comme nous l’avons vu précédemment, la protection de ressources semble être la seule limite dans le choix de laisser ou non monter son chien sur le lit. Néanmoins, il existe une croyance qui freine encore de nombreuses personnes qui souhaiteraient partager l’oreiller avec leur meilleur ami, mais par intermittence. Selon de nombreux livres d’éducation encore, il faut rester cohérent dans l’éducation de son chien. Impossible de l’autoriser au confort un jour pour le lui refuser le lendemain, et pourtant Toutou peut comprendre les nuances grâce à l’interdit implicite. 

C’est interdit sauf si… 

Ness et moi vivons actuellement avec 6 chiens, ce qui requiert une certaine discipline. Il nous est toutefois impossible d’avoir les yeux partout, c’est pourquoi nous comptons sur nos chiens pour prendre la bonne décision. Inutile de leur dire “non” pour éviter qu’ils montent dans la chambre, ils savent que c’est implicitement interdit, tout comme passer le seuil de la porte d’entrée y compris quand elle est grande ouverte. Grâce au renforcement positif, nous leur avons enseigné à se gérer seuls dans le salon. Grimper les escaliers ne leur viendrait même pas à l’esprit, sauf si nous donnons la commande magique de permission, le fameux ordre libératoire. 

À la base, cela fonctionne comme un pas bouger façon Cynotopia. Le chien apprend que n’importe quelle commande est infinie dans le temps, jusqu’à ce que nous la rompions avec un autre ordre ou un “okay”. Par exemple, nous demandons au chien de s’asseoir, il sait automatiquement qu’il pourra casser sa position si on lui dit “coucher” ou “okay”. Nous avons transféré cet apprentissage à la maison, interdisant certaines zones comme les chambres en haut. La seule chose qui permet à nos chiens de monter (ou d’accéder au canapé) est le nom de notre chien + l’ordre libératoire. Le privilégié en question se faufile parmi les autres qui restent en bas et passe la nuit avec nous. 

J’aime beaucoup dormir avec un ou deux chiens, ils me réconfortent et me tiennent compagnie. Je fais donc des tours, permettant à chacun de passer une nuit privilégiée avec moi avant de changer pour la nuit suivante. Ness, pour sa part, préfère dormir seule et ses chiens ont, en alternative, une multitude de paniers confortables à disposition. Les canapés que nous leur autorisons parfois lors d’une soirée film sont tout à fait accessibles, pourtant les chiens ne montent jamais dessus la nuit. On peut donc parfaitement accepter que Toutou grimpe dans le lit quand il a les pattes propres et le laisser dans le salon s’il s’est roulé dans la boue. Concernant les raisons de confort ou d’hygiène, c’est à chacun de voir s’il souhaite ou non dormir avec son chien.

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