Chien adolescent : notre guide de survie entre 6 et 18 mois

Ça y’est, votre chiot a six mois. Vous n’avez rien vu passer, entre les câlins devant la télé et les balades à découvrir le monde. Il vous suivait partout dans la maison, revenait au rappel en balade, et faisait enfin ses besoins dehors. Il faisait votre fierté, et vous aviez même l’impression de plutôt bien vous en sortir avec lui. Mais de plus en plus, il semble devenir sourd en balade. Il ne revient plus aussi bien que ça, surtout si des copains sont là, et tire davantage en laisse. En fait, le petit chiot miracle à l’air d’oublier tout ce qu’il savait il y a encore deux mois. Bienvenue dans le fabuleux monde de l’adolescence !

Cette phase naturelle se déroule entre 6 et 18 mois. L’adolescence est différente selon chaque chien, dans sa durée comme dans son intensité. Certains ne la verront même pas passer, alors que d’autres en sortiront après le 2ème anniversaire de Médor ! Elle se caractérise par un très haut niveau d’énergie, une capacité d’attention réduite, un important besoin social et un comportement tempétueux. Pour survivre à cette période parfois très difficile pour le chien comme pour son humain, pas de raccourcis : patience et persévérance !

L’adolescence chez le chien – une période de changements

L’adolescence est plus difficile à définir qu’il pourrait sembler au premier abord. Même chez les humains, on peine à mettre des mots sur une période tumultueuse entre l’enfance et l’âge adulte. En effet, l’adolescence est une notion complexe : il s’agit à la fois d’un processus de maturation biologique ainsi que d’un moment de transformation psychique et physique. Cette conjonction du biologique, du psychique et du social parachève la maturation du chien adulte.

Eh oui, tristement, on ne réalise pas à quel point la période « chiot » est courte. Puppy chéri arrive à deux mois, et vers son 6ème mois, ses hormones sexuelles augmentent de plus en plus, pour une apogée vers 10 mois. Il faudra attendre le double du temps pour que les niveaux relevés dans le sang redescendent, aux alentours de 18 mois (Dunbar, 1999). L’âge où la plupart des chiens semblent s’assagir. De hauts niveaux de testostérone coïncident avec de plus grandes tendances à la réactivité,  avec des réponses plus exagérées aux stimuli extérieurs. Oui, quand Toutou perd la tête en voyant un copain ! Chez les femelles, les taux de progestérone et d’œstrogène vont de pair avec une protection accrue des ressources et une plus grande difficulté à communiquer avec les semblables (O’Heare, 2006).

Période conflictuelle redoutée, la puberté s’avère être un challenge pour une majorité de duos. Leur chiot timoré les considérait comme le centre de leur monde, et du jour au lendemain, ils se retrouvent avec un chien complètement différent. Socialement, l’adolescent est plus excité, plus brutal et moins bon communicant. Il est égoïste dans ses jeux et écoute plus difficilement les demandes d’arrêt de ses pairs. Beaucoup considèrent ainsi que les hormones provoquent des comportements « déviants » selon notre regard humain. En réalité, cette période chaotique est aussi compliquée pour le sujet, qui aura besoin de soutien pour trouver des repères dans un tout nouveau monde.

L’adolescence a un réel impact sur l’éducation

Pour les chanceux qui n’auraient pas vu passer l’adolescence de Rex, il est facile de douter de ce concept abstrait. Pourtant, des études ont été financées pour éclairer ce sujet, comme celle menée par Lucy Asher en 2020 sur une centaine d’élèves chiens guides à des périodes différentes de leur vie. Modèles d’éducation, ces futurs héros du quotidien ont démontré des changements de comportements durant leur puberté. On peut les distinguer en deux catégories : les changements comportementaux, et les changements dans le domaine de l’éducation.

Côté comportement, les chiens adolescents ont montré des besoins de proximité avec leur humain de référence. Ils se couchaient près du siège de bureau, cherchaient fréquemment le contact et montraient leur préférence sur une personne spécifique dans un foyer familial. Les comportements liés à l’anxiété de séparation augmentaient également, lors du départ de l’humain d’attachement. Des tremblements ou pleurs étaient observés pendant les moments solitaires. La hausse de ces comportements coïncidaient souvent avec les premières chaleurs des chiennes observées.

L’éducation s’avère plus compliquée pendant la puberté. Les scientifiques l’avaient prévu pendant leur étude, en testant le signal « assis » (parfaitement appris auparavant). Les chiens ont été testés à 5 mois et 8 mois, et ont moins répondu lorsqu’ils étaient adolescents. Cette étude est la première à démontrer aussi clairement la phase conflictuelle vécue par les chiens, en tout points identiques aux humains de 10 à 19 ans ! D’autres preuves d’une phase transitoire de « désobéissance » à l’adolescence confirmant ces résultats ont également été trouvées en consultant les statistiques de 300 chiens guides en formation. Les chiens sont décris comme plus difficiles à éduquer autour de 8 mois (ne revenant pas au rappel, ne répondant pas à des demandes auxquelles ils obéissaient auparavant). Leurs scores d’éducation sont meilleurs avant l’adolescence (vers 5 mois) et après (12 mois et +).  

L’adolescence, cause d’incompréhension et d’abandon

1 chien sur 10 est abandonné à cause de soucis comportementaux, et souvent, ces problèmes se déclarent à l’adolescence. Selon le Conseil National d’étude de la Population des animaux de compagnie, 47% des chiens sont abandonnés entre 5 mois et 3 ans. Le petit chiot n’est plus une charmante peluche. Il est plus grand, plus lourd, plus opiniâtre. Leurs propriétaires réalisent que l’éducation est plus complexe, et qu’ils n’ont plus grand contrôle sur les comportements de leur compagnon. Les adorables sauts du chiot font à présent mal, la petite tension sur la laisse est une traction puissante, et il est assez grand pour se servir sur la table. On riait de ses aboiements ridicules quand il voyait un chien, maintenant on doit changer de trottoir car il charge et effraie les voisins. Dans ces moments-là, beaucoup finissent par abandonner et léguer Médor à qui en voudra bien, quitte à le laisser dans un chenil de SPA.

Pourtant, exactement comme la puberté des humains, l’adolescence ne s’agit que d’une phase biologique. Elle disparaitra progressivement, en dévoilant le chien adulte et mature qu’on entrevoyait parfois les bons jours. Afin d’éviter les déconvenues d’un ado hors de contrôle, il est important d’éduquer le chiot dès son arrivée. La socialisation doit être la priorité numéro un. Elle permettra d’avoir un individu plus stable émotionnellement, et limitera les dégâts que pourraient causer un manque (voire une absence totale) d’éducation.

La castration / stérilisation pour tempérer l’adolescence : mauvaise idée

En tant qu’humains, nous aimons les solutions rapides et faciles. La promesse d’une opération commune nous rassure. Sans ses testicules, promis, Rouky se comportera mieux. Dommage, la réalité est bien plus nuancée que cela. Si les actions dérangeantes de toutou ne sont pas liées à la montée des hormones sexuelles, la stérilisation ne changera rien à son comportement. Pire encore, elle pourrait avoir une incidence négative. Chez les mâles, la chute brutale du taux de testostérone pourra rendre un chien sensible encore plus craintif, menant parfois à des cas de réactivité par peur. Les femelles sont moins sensibles à la perte de leurs hormones, mais peuvent montrer une perte de lien avec leur humain de référence.

Ainsi, avant de prendre cette décision irréversible, il est très important de bien réfléchir à la cause des comportements gênants. L’aide d’un éducateur vous sera précieuse, afin de définir si les agressions ou les destructions viennent de la montée des hormones, ou, plus fréquemment, de besoins non comblés. Il est également important de réaliser que les comportements « problématiques » peuvent avoir une cause hormonale, mais deviennent une habitude avec assez de pratique. Ainsi, la castration pourrait ne rien changer, si Milou fait pipi sur le canapé depuis plusieurs mois.

Les changements de tempérament ne seront pas la seule conséquence de l’ablation des testicules ou ovaires. Les hormones sexuelles aident à la croissance, et soutiennent le physique de notre chien adolescent. Une étude de 2013 prouve que le cartilage de croissance se ferme plus tard pour les chiots stérilisés, et la luxation de la rotule est une pathologie trois fois plus fréquente chez les chiens stérilisés. Ainsi, en stérilisant, on pourrait augmenter la probabilité d’une blessure, et de fait, les frais médicaux pour notre chien adulte.

→ Lisez nos articles sur la musculation du chien

Les interactions sociales sont modifiées pendant la puberté

Un peu balourds, manquant de nuances, les adolescents sont socialement maladroits. Ils ne sont plus tout à fait des chiots, les adultes ne tolèrent guère leurs erreurs. Leur charmante joie juvénile est une excitation encombrante qui fait mal, avec des sauts et des prises en gueule que leurs pairs réprimandent parfois vertement. Pour autant, ils ne sont pas non plus adultes. Ils n’ont pas leur mesure, leur expérience, et leur capacité de contrôle. Leurs hormones en furie sont à des taux plus importants que ceux des adultes, ce qui peut créer des conflits territoriaux et de la compétition autour des ressources (nourriture, jeux, mais aussi humains ou lieux de passage).

La plupart des ados montrent une moins grande tolérance à la frustration et de plus grands besoins physiques et sociaux. Ce sont donc de piètres compagnons de balade pour les adultes tempérés. Cependant, ce serait une mauvaise idée de ne laisser que des adolescents ensemble. Rien de bon ne peut sortir d’un groupe de chiens survoltés ! Les plus énergiques harcelant les plus émotifs, les grands bousculant les petits… Il est préférable de réfléchir aux contacts sociaux attribués à son chien, et de privilégier la qualité à la quantité. Les longues balades en forêt avec un adolescent et plusieurs adultes de sa taille voire plus grands permettront une bonne dépense physique et des apprentissages sociaux adéquats.

Préparer l’adolescence pendant la période chiot

Alors que Rouky est encore un petit bout tout frêle, persuadé que vous êtes le centre de son monde, profitez-en ! Renforcez et valorisez les bons comportements. Il revient au rappel ? Ne faites pas que féliciter, gavez-le de friandises ! Il reste à votre pied pendant les balades en laisse ? Parlez-lui et, vous l’avez deviné, récompensez ! Il s’assoit pour vous regarder manger, va de lui-même au panier, écoute la sonnette sans aboyer ? Ré-com-pen-sez ! Parfois, avec sa ration de croquettes, parfois avec des friandises. Mais s’il préfère, vous pouvez aussi jouer avec lui ou le câliner !

Tous les comportements appris pendant cette période juvénile serviront de ciment pour les années à venir. Ce sera les quelques bribes d’éducation qui vous aideront à gérer votre fougueux adolescent. Ne vous contentez donc pas de regarder les prouesses de votre bébé à quatre pattes, mais renforcez à tout prix. Bien trop vite, vous le verrez, le suivi naturel se délitera. Le rappel deviendra hasardeux. Et les jolies choses « gratuites » offertes par votre bout de chou ne seront plus que des souvenirs. Solidifiez les apprentissages et restez à l’essentiel. La suite en laisse, le rappel et les manières à l’intérieur de la maison.

Dompter le raptor au quotidien

Avec leur tempétueuse personnalité, les ados peuvent être épuisants au quotidien. Assurez-vous de bien satisfaire leurs besoins afin de garder leur énergie sous contrôle. Ils varient selon les races, mais les principaux sont simples à retenir : physiques, mentaux et sociaux. En d’autres termes, sortez Médor, entretenez son éducation et laissez-le jouer avec des copains équilibrés. Une simple balade dans les bois permet souvent de combler ces trois jauges. En longe ou en liberté, il peut courir et délier ses pattes. Les renfilages et autres besoins exploratoires font tourner ses neurones. Enfin, les croisements en balades, même s’ils sont brefs, lui permettent de pratiquer ses compétences communicationnelles.

Au sein du foyer, essayez de maintenir le calme. En offrant au polisson de nombreuses choses à mâcher (ou « chews »), vous lui permettrez d’activer ses mâchoires et non seulement de l’occuper pour un bon moment, mais également de le détendre et de le fatiguer. Eh oui, s’acharner sur un sabot de veau ou un kong, ça rince ! (Vous pouvez d’ailleurs vous fournir sur la boutique française Cani-gourmand – le code Cynotopia vous permettra une réduction avantageuse.) De nombreux jouets d’occupation ou d’intelligence le garderont occupé, et lui éviteront donc de trouver de nouvelles activités pour passer le temps. Comme mâchonner le canapé ou hurler après les voisins !

Garder le cap dans l’éducation malgré les échecs

Pendant la puberté, l’entièreté du monde est plus intéressante que nous. La fameuse phrase « oh, un paillon ! » n’a jamais été aussi douloureusement vraie. Si petit chiot suivait sur vos talons, l’adolescent n’a qu’une envie, c’est de prendre son envol. Plus indépendant, sourd de façon sélective, il peut être extrêmement frustrant à sortir. Pendant cette période critique, attention aux erreurs ! Ne le laissez pas vadrouiller aux quatre vents en hurlant son nom à intervalles réguliers… C’est le meilleur moyen pour bousiller son rappel pour le reste de sa vie ! Dans votre guide de survie du chien adolescent, gardez précieusement une longe de 5 à 10 mètres de long. Attachez toujours le fugueur en devenir, afin de garder un minimum de contrôle sur lui. C’est en effet pendant la puberté que la plupart des chiens apprennent que le rappel est facultatif. Ce sont ces chiens qui reviennent très bien, « sauf quand »… Et vous n’avez pas envie d’avoir ce genre de chien. Assurez-vous de pratiquer régulièrement votre rappel, et aidez-vous de la longe pour l’inciter à revenir lorsqu’il est trop absorbé par le parfum des fleurs.

La gestion des émotions devra faire partie de son éducation, au même titre que le assis. Pouvoir attendre avant de sauter sur une friandise, réfléchir avant de partir après une balle ou un lapin… Ces exercices d’auto-contrôle ont pour but de lui apprendre à garder la tête froide dans des situations contrôlées. Ainsi, quand un chat détalera sous son nez ou qu’un congénère l’excitera un peu trop, il pourra garder deux neurones en fonction au lieu de se jeter dans la mêlée. Pour le reste, laissez un peu de mou : c’est un ado bouleversé par ses hormones. Gardez l’éducation amusante et simple, et concentrez-vous sur l’essentiel. Il ne revient peut-être plus au pied, mais tant qu’il répond à son nom lorsqu’il est dehors, vous pouvez être fier de lui.

La lumière au bout du tunnel

 

Il est évident que pour les parents, l’adolescence est un passage compliqué. Cependant, nous n’abandonnons pas les enfants lorsqu’ils sont un peu trop turbulents. Soyons donc tolérants envers nos chiens. Laissons leur le temps de grandir, et de passer à travers cette phase tout aussi difficile pour eux, ou leur corps change plus vite que leur esprit. Autour de 18 mois, le papillon caché dans son cocon d’hormones verra le jour, amenant avec lui la lumière de mois d’éducations qui auront porté leurs fruits. Gardez-donc le cap, et munissez-vous d’autant de chews qu’il est possible de stocker pour garder le raptor sous contrôle pendant les jours pluvieux !

6 réflexions au sujet de “Chien adolescent : notre guide de survie entre 6 et 18 mois”

  1. Merci beaucoup de tout ces conseils!
    Ils me sont très précieux car mon chien de 8 mois avait changé et je ne comprenais pas trop…
    De plus c’est un Flatcoat et ces chiens on énormément d’énergie!
    Merci encore pour l’article qui est très instructif!

    Répondre
  2. Merci pour votre article bienveillant qui soulage mon inquiétude. Je retrouve ma Schnauzer géante de 14 mois dans vos exemples, ce qui me rassure. J’en venais à douter à la fois de ma chienne et de mes capacités à l’éduquer.

    Répondre
  3. Très contente d’avoir « trouvé » cet article. Mon chien ado m’épuise mentalement, ma patience s’amenuise … Heureusement, l’éducatrice est encourageante, et cet article illustre exactement tout ce qu’elle me dit. Je vais donc pouvoir le relire à l’infini, plutôt que de la « saouler » avec mes états d’âme.

    Répondre

Laisser un commentaire