Le syndrome du petit chien : pouvons-nous agir ?

Note : Cet article invité a été rédigé par Tiffany et Mathias, du blog J’adopte un chien.com.

Connaissez-vous Kiki… ? Voici une petite mise en situation, pour vous aider à mettre le doigt dessus : « Prochain arrêt, Gare des Cèdres ». Les portes du bus ne se sont pas encore ouvertes, mais vous entendez déjà des jappements provenir de l’extérieur… Le volume augmente lorsque cette femme d’un certain âge monte, son petit Chihuahua sous le bras : Kiki ! La suite du trajet ne sera pas de tout repos, car entre grognements et aboiements intempestifs, le silence ne sera plus de la partie. Désolé pour le cliché, mais vous avez certainement déjà vécu une telle situation. Prenons toutefois quelques secondes pour retrouver notre sérénité. Certes, il y a peut-être des choses à revoir dans l’éducation et la socialisation de ce chien, mais savez-vous que son comportement cache peut-être autre chose ? Dans cet article, nous vous présentons ce qu’on appelle « Le syndrome du petit chien ».

En fait, bien que les anglophones en parlent beaucoup (c’est ce qu’ils appellent « Small dog Syndrome »), quasiment personne en fait mention francophonie. Pas de panique, c’est donc tout à fait justifié si ce n’est pas un terme qui vous est familier. Mais alors, le syndrome du petit chien, c’est quoi ?

 

 

Le syndrome du petit chien : qu’est-ce que c’est ?

Le comportement de Kiki peut, entre autres, être expliqué de manière scientifique. Incroyable, non ? Il y a vraiment des études qui ont été faites dans le but de justifier cela d’un point de vue génétique. Alors non, ça n’excuse pas tout, mais ça permet quand même de réaliser qu’un petit chien est plus prédisposé à développer ce genre de comportements socialement inacceptables et agaçants.

 

L’équivalent humain ; le complexe de Napoléon.

En psychiatrie humaine, il a été constaté que les personnes souffrant d’un handicap perçu comme une infirmité ont pour réflexe de surcompenser celui-ci dans d’autres aspects de leurs vies. On parle de complexe de Napoléon, de syndrome de Napoléon ou encore de syndrome des petites personnes (« Short-man syndrome »). C’est en référence à Napoléon 1er qui aurait compensé sa petite taille par une soif de pouvoir, de guerres et de conquêtes (selon les dires de notre cher Wikipédia).

Chez le chien, on retrouverait le même genre de comportements. Par exemple, selon une étude du Journal of Zoology, les petits chiens mâles adultes ont, de par leurs tailles, plus tendance à uriner pour marquer que leurs congénères plus grands. On retrouve donc un comportement qui semble comparable à celui identifié chez l’homme.

 

Les comportements typiques du syndrome du petit chien

Pour vous faire une idée, voici une liste non-exhaustive des comportements d’un chien atteint du syndrome du petit chien :

  • Japper de manière intempestive,
  • Grogner sans raison apparente,
  • Mendier avec insistance,
  • Avoir des difficultés à apprendre la propreté,
  • Sauter sur les gens,
  • Refuser d’obéir aux commandes demandées.

 

Le syndrome du petit chien : une question de génétique ?

Comme dit plus haut, des études ont été réalisées sur les comportements canins, mettant en avant que la taille est un facteur non négligeable dans ce domaine. Nous avons par exemple cette étude, réalisée à l’université de Sydney par le Dr Paul McGreevy et son équipe, qui a mis en avant que la taille, le poids et la forme de la tête sont des critères influençant le développement de comportements socialement considérés comme « mauvais ».

Cette étude s’est basée sur le C-BARQ (Canine Behavioral Assessment and Research Questionnaire, que vous pouvez remplir ici si vous souhaitez participer), qui demande aux propriétaires d’évaluer leurs animaux sur leurs comportements perturbateurs, irritants et destructeurs. Les profils de 8301 chiens issus de 49 races différentes ont donné les résultats suivants :

  • Les chiens de petites races ont plus tendance à :
    • mendier de la nourriture,
    • avoir des problèmes d’attachement,
    • avoir peur des autres chiens,
    • se rouler dans les excréments,
    • être trop sensibles au toucher,
    • déféquer et uriner lorsqu’ils sont laissés seuls,
    • sauter sur les gens,
    • être plus difficiles à éduquer.
  • En ce qui concerne le poids, les chiens plus légers sont plus enclins à :
    • avoir un comportement excité,
    • être hyperactifs,
    • montrer de la « rivalité » envers les autres chiens,
    • fuguer de la maison.
  • Enfin, pour la forme de la tête, les races avec une tête dolichocéphale (Photo de droite ci-dessous : tête fine, avec un nez plutôt allongé) auraient plus l’habitude de chasser de manière inconvenante et d’avoir peur des étrangers. Ceux à tête brachycéphale (Photo de gauche ci-dessous : tête large et nez écrasé), attaqueraient plus facilement les autres chiens.

Nous en parlons plus en détail dans notre livre « Mieux choisir son chien » en développant les origines des groupes de races, leurs usages, caractères et bien entendu, des conseils pour les éduquer adéquatement : plus d’infos ici, pour choisir le format livre (broché) ou ebook.

 

 

Comme l’explique le Dr Hal Herzog, dans cet article du site Psychology Today, le problème de cette étude est que le C-BARQ se base sur la perception de son chien qu’à le propriétaire, et non sur l’observation des chercheurs. Cet auto-jugement pourrait influencer les résultats obtenus. Néanmoins, le très grand nombre de profils (8301 chiens) justifierait tout de même la véracité des résultats.

 

Le syndrome du petit chien : L’influence de l’homme

Avez-vous remarqué un hic dans ce qui a été dit ci-dessus ? Bien qu’il soit question de génétique, les chiens qui sont étudiés ont tout de même un vécu. Alors, comment être sûr que ce n’est pas juste leurs passés respectifs qui ont influencés leurs comportements d’aujourd’hui ? Étaient-ils réellement prédestinés à avoir ce genre de problèmes ? Voyons plutôt :

La sélection faite par l’homme

Depuis qu’il vit avec, l’homme fait une sélection du chien de manière à ce qu’il corresponde toujours plus à ses attentes. Aujourd’hui, le chien n’a que rarement un rôle réel à jouer, il ne sert plus que d’animal de compagnie. Ce n’est donc plus vraiment ses compétences à chasser, à s’occuper du bétail ou à garder qui sont intéressantes, mais principalement ses caractéristiques physiques. L’homme cherche donc à les accentuer toujours plus, ce qui n’a rien de vraiment bon sur le long terme…

En effet, le résultat de tout ça est de se retrouver avec des chiens hypertypés. L’hypertype n’est autre que l’accentuation EXCESSIVE des traits morphologiques ou anatomiques d’un animal. Par exemple, on cherche à avoir des Sharpeïs toujours plus ridés, ou des Bouledogues anglais avec des visages toujours plus écrasés. Mais cela n’est pas sans conséquences !

 

 

Dans cette autre étude réalisée par McGreevy et ses collègues, ceux-ci se sont concentrés cette fois sur la déformation du crâne des chiens, causée au fil du temps par la sélection des races. Pire, c’est de la rotation et de la « réorganisation » du cerveau dont il est question, et les résultats sont sans appel : « Étant donné que les différences de morphologie crânienne entre les races de chiens sont étroitement associées à des différences neuroanatomiques majeures, la question de savoir si celles-ci entraînent également des différences de comportement est une question ouverte importante. ».

 

Pourquoi adopter un petit chien ?

On l’a dit, les chiens n’ont pratiquement plus qu’un rôle d’animaux de compagnie. Pour cette fonction, pas besoin d’un gros chien, qui prend beaucoup de place et avec qui il est plus difficile de se déplacer. En plus, un grand chien se fatigue moins vite, ce qui augmente le temps de balade, de jeux et de stimulations nécessaires à son bien-être. En habitant en ville ou dans un petit appartement, le choix d’une taille réduite est donc tout à fait justifié.

Pour une vie citadine, au fil du temps, il y a de plus en plus de raisons de préférer les petits chiens. Surtout si ce que l’on recherche, c’est la présence d’un être vivant à ses côtés, une boule d’amour ou un nouveau meilleur ami. La taille n’a aucune importance pour remplir ce rôle, et un chien trop grand amènerait même des contraintes inutiles. La facilité semble effectivement être de se tourner vers les modèles réduits.

Il est donc tout à fait logique que les petits chiens deviennent toujours plus populaires. En plus, un petit chien, c’est un peu comme avoir un chiot à vie, non ? C’est du moins ce que de plus en plus de gens ont l’air de penser, et ont l’air de rechercher ! Résultat, les petites races ont été sélectionnées pour y ressembler un peu plus chaque jour, autant dans leurs physiques que dans leurs comportements. Et malheureusement, qui dit chiot dit effectivement apparence toute mignonne, mais à ça s’ajoutent les comportements juvéniles et immatures, les problèmes de propreté, les risques importants de sur-attachement, etc…

 

Notre comportement face à un petit chien

Enfin, il y a bien entendu la manière de se comporter avec un chien qui va grandement influencer sa façon d’être. Ici, c’est des comportements renforcés par l’attitude du maître (consciemment ou inconsciemment) dont il est question. Et le problème, c’est qu’avec un petit chien, il est malheureusement bien plus facile de lui inculquer de mauvais principes !

Vous avez un molosse de 50 kilos ? Pas le choix, il faudra lui apprendre à ne pas tirer sur sa laisse si vous voulez pouvoir le sortir sereinement. Par contre, un petit Yorkshire est bien plus facile à gérer. S’il tire, il n’y a pas trop de risque d’être embarqué dans son élan. On aura donc tendance à être plus tolérant envers eux, ce qui est malheureusement une mauvaise idée, car ils développeront plus facilement des comportements indésirables. Nous en parlions dans cet article, éduquer correctement son chien n’est pas une alternative si vous voulez qu’il puisse être bien dans ses pattes, quelle que soit sa taille !

 

 

On a également le réflexe de penser que les petites races sont plus fragiles que les grosses, ce qui pousse les propriétaires à surprotéger leurs petits poilus. Un gros chien qui arrive au loin, et hop, on se dépêche de ramasser son petit toutou pour qu’il ne se fasse pas blesser. Du point de vue de votre chien, soit il avait peur du monstre qui arrive, s’était peut-être mis à aboyer, et se retrouve en sécurité dans vos bras (donc continuera probablement d’aboyer), soit il avait envie de jouer avec le copain, mais n’en a pas eu l’occasion et en est ressorti frustré (peut-être qu’il se mettra également à aboyer pour exprimer sa frustration). Dans les deux cas, les mauvais comportements sont encouragés et sa compréhension du monde qui l’entoure est perturbée

 

Mise en pratique

Après toutes ces infos, vous vous demandez certainement comment faire pour éviter à votre petit toutou d’acquérir ce genre de comportements socialement inacceptables et/ou de les atténuer. Ça tombe bien ! On entre dans le vif du sujet :

Ayez en tête que…

Tout mauvais comportement acquis demandera du calme et de la patience pour être rétabli ou simplement atténué. Toutefois, sachez qu’il est tout à fait possible d’améliorer la situation, quel que soit l’âge et la race du chien. C’est surtout une question de temps. C’est d’ailleurs pareil pour nous, on ne change pas nos habitudes d’un claquement de doigts. On fait des petits pas, et on s’améliore petit à petit.

Piqûre de rappel : les friandises et le jeu ne sont pas les seules récompenses pour votre chien ! C’est bien là toute la complexité du renforcement (souvent involontaire) des comportements liés au syndrome du petit chien ; la caresse, les câlins ou une voix gentille et apaisante sont des récompenses pour le chien !

Une petite mise en situation :

À la maison, vous et votre petit chien passez un moment ensemble à jouer. Puis, fatigué, il vient se blottir contre vous. Vous décidez de le porter, de lui dire qu’il est un petit « choupinou » d’une voix gentille et vous le caressez. Ce que vous être en train de faire, c’est de le récompenser. Il intègre alors que les câlins viennent quand il se comporte bien.

Plus tard, vous décidez de sortir. Votre chien en laisse, vous passez le coin de la rue et tombez nez-à-nez avec un congénère d’un gabarit plus gros. Votre petit toutou, surpris, laisse échapper des aboiements. Par réflexe, vous vous dépêchez de l’attraper et, d’une voix gentille, vous lui dites que « petit choupinou n’a pas à avoir peur du gros chien-chien gentil qui veut juste jouer avec lui »…

Vous venez de vous comporter exactement comme précédemment, après votre partie de jeu. Votre petit chien a été récompensé pour son comportement, et il comprendra donc qu’il a eu la réaction adéquate puisqu’il a reçu câlins, papouilles et petite voix gentille.

 

 

Mais pas de panique ! On rembobine, on arrive au coin de la rue et notre petit compagnon aboie de surprise… Essayez simplement de prendre vos distances avec le gros chien. Une fois qu’il cesse les aboiements ; c’est le jackpot ! Friandises, câlins et papouilles sont de mise et ainsi, pas de risque pour votre petit compagnon de tout mélanger dans sa tête. Les câlins et la petite voix gentille, c’est pour les bons comportements ! 😉

Au final, attention à VOTRE comportement !

De cette manière vous comprenez que le Kiki du bus n’a peut-être pas un mauvais fond. À force qu’on le « félicite » d’aboyer et de grogner, il continue de le faire, simplement parce qu’il pense que c’est le bon comportement à adopter. C’est un conditionnement, créé involontairement par sa propriétaire.

Lorsqu’on comprend cela, on devient apte à régler d’autres soucis comme :

  • La mendicité : Si on cède lorsqu’il mendie, il reviendra à la charge dès que possible… Votre poulet est si bon !
  • Sauter sur les gens : Si on le porte dès qu’il nous saute dessus, il n’aura aucune raison de ne pas le faire. Mieux vaut l’ignorer et le caresser uniquement lorsque ses 4 pattes touchent le sol.
  • Refus d’obéir : Ici encore, en obtenant des câlins à tout bout de champ, pourquoi s’embêter à obéir aux commandes ? Pas folle, la bête !
  • Et pour la propreté, pas de miracles ! On apprend la propreté à son petit chien de la même manière qu’à un chiot. Mais ça, on vous en délivre tous les secrets dans notre livre gratuit : La propreté, mais comment lui apprendre ?

 

La conclusion de tout ça

Eh bien, ça en fait des choses à connaître sur les petits chiens. Commençons par rappeler que le « syndrome du petit chien », c’est un terme permettant de décrire un ensemble de comportements qu’un chien pourra avoir tendance à développer de par sa petite taille. Ce n’est pas des comportements appréciables dont on parle, mais plutôt de choses irritantes, comme ceux de Kiki, le petit chien du bus, qui aboie et grogne de manière intempestive.

La génétique

Des études ont été menées pour justifier ces comportements d’un point de vue génétique. L’article du Dr. Herzog parle d’une autre étude de C-BARQ, qui a par exemple montré que les Chihuahuas et les Teckels sont les races les plus enclines à attaquer les gens (Note intéressante, les Pitbulls, eux, sont à peu près aussi agressifs que les… Caniches!). Il y a donc bel et bien une raison génétique cachée derrière, qui a probablement été influencée par la sélection faite par l’homme. À force de vouloir des petits chiens qui ressemblent toujours plus à des chiots, ils ont fini par en garder le comportement infantile et immature. Nous avons vu que cette sélection a été jusqu’à « réorganiser » le cerveau de certaines races. Allez savoir ce que cela implique et si cela ne va pas encore empirer avec le temps !

 

La responsabilité du propriétaire

Le propriétaire a lui aussi sa part de responsabilité, tout mettre sur le compte de la génétique serait un peu trop facile ! Avec un petit chien, il est tellement plus simple de se reposer sur ses lauriers. Quand il saute sur les gens, on trouve ça presque ridicule et on ne fait rien d’autre que rigoler. Rien d’effrayant à le voir grogner, alors on le laisse simplement faire. Il tire sur sa laisse, mais ce n’est pas particulièrement dérangeant car il n’a pas de force… Pourtant, au final, il développe de mauvais comportements que l’on a renforcé involontairement en ne guidant pas le chien, en ne lui expliquant pas quel était le bon comportement à adopter à la place.

 

Comment faire pour bien faire

Adopter un chien de petite ou de grande taille présente donc un certain nombre de différences. Avec un petit chien, vous devrez être particulièrement assidu dans votre manière de faire. En effet, la facilité nous pousse assez vite à prendre de mauvais réflexes, qui peuvent malheureusement nuire à son éducation. Lorsque les réactions du maître ne sont pas cohérentes, le chien ne comprend rien et ne changera très certainement pas sa façon de faire la prochaine fois.

Finalement, quel que soit sa taille, comportez-vous avec votre compagnon comme si c’était… un chien ! À chaque fois qu’il se passe quelque chose, imaginez que vous avez avec vous un molosse de 80 kilos, demandez-vous comment vous vous comporteriez, et faites comme si c’était le cas 😉 . S’il n’avance pas assez ou trop vite lors des sorties, ne tirez pas sur sa laisse, mais apprenez-lui simplement à marcher correctement. S’il croise un congénère, laissez-le gérer seul sa rencontre, et n’intervenez que si cela semble vraiment nécessaire (en ne prenant pas de risques inutiles, bien entendu).

 

 

Et bien sûr, pensez à le socialiser au maximum dès son plus jeune âge, pour qu’il ne développe pas de peurs irrationnelles (La socialisation n’est pas quelque chose qui vous est familier ? Apprenez en plus : « L’importance de la socialisation« ). Le meilleur cadeau que vous puissiez lui faire est simplement de le laisser vivre sa vie de chien, sans le porter à tout bout de champ et sans le surprotéger. Vous verrez qu’au final, la vie sera plus agréable pour tout le monde !

Cet article vous a-t-il permis de mieux comprendre votre chien ? Avez-vous remarqué qu’il avait développé des comportements similaires à ceux présentés ? Sentez-vous libre de partager vos expériences dans les commentaires, c’est avec plaisir que nous prendrons le temps de vous aider et d’échanger avec vous !

 

Photos Flickr par : Georgie Pauwels, Paulo Henrique, Lorena Cupcake, rubalo et j.michael.

Photos Unsplash par : Sonder Quest, dea tomas et Pierre Bamin.

N’oubliez pas de faire un tour sur le blog J’adopte un chien.com dont provient cet article extrêmement bien pensé et écrit !