Récompenser : jeu, nourriture… Et c’est tout ?

Lorsqu’on évoque l’idée de récompense, c’est-à-dire renforcer un comportement donné pour augmenter ses chances d’apparition, on pense aux deux piliers monumentaux de leur catégorie : la nourriture, et le jouet. Pourtant, s’il s’agit des deux solutions les plus pratiques, il existe bien d’autres façons de féliciter un bon comportement – et si on parlait de ces “oubliés” ?

Renforçateurs primaires et secondaires

Les friandises permettent de travailler sur la durée avec un ratio clic/récompense assez haut, et tendent à “poser” le chien. Au contraire, les jouets (qu’ils soient lancés ou tirés) misent sur la vitesse et l’autonomie, stimulant le chien dans une démarche plus interactive.  

On les regroupe dans la catégorie des renforçateurs “primaires” dans la mesure où il est généralement inutile de conditionner le chien pour les apprécier – tous les chiens mangent, et tous les chiots éveillés jouent. Leur développement pourra évidemment monter ce désir, ou le diminuer pour le faire disparaître.

On pense plus rarement à utiliser les renforçateurs secondaires (ou conditionnés) car ceux-ci ne répondent pas à un besoin biologique, et ont dû être construits avec un bon historique de renforcement. Par exemple, les chiens associent en général très bien certains rituels qui signifient que l’heure de la balade a sonné. Pour moi, c’est le fait de chausser mes baskets – à leur simple vue, mes chiens sont déjà à la porte ; pourtant, en soi, mes chaussures n’ont rien d’excitant. C’est avec le temps qu’ils ont associé ce stimuli neutre (mise des baskets) à un élément positif (joie de sortir pour courir et renifler). La sonnette annonçant un invité, l’ouverture du placard à friandises, le “on va promener ?” deviennent des renforçateurs secondaires que l’on peut utiliser, tout comme les ordres appris que le chien adore exécuter. Ainsi, on peut récompenser un “assis” avec un “aboie”, puis le droit d’aller courir ! Plus besoin de friandises, n’est-ce pas merveilleux ?

 


Ces outils peu (ou mal) utilisés pour récompenser

 

La caresse

Depuis bien trop longtemps, on certifie que Fido aime les caresses, et qu’il peut donc exécuter dix exercices d’obéissance à la suite contre un balayage de la main sur le haut du crâne. Le fait est que beaucoup de chiens recherchent le contact en intérieur, et rechignent à se faire câliner une fois dehors. Beaucoup de raisons à cela : l’environnement est beaucoup plus intéressant que le plat de votre main, la caresse est mal placée (trop envahissante) ou tout simplement votre cher toutou préfère cavaler plutôt que rester à votre pied, ce qui est tout à fait compréhensible ! Il est donc d’autant plus difficile de récompenser un exercice compliqué avec une simple tape sur le flanc. Bien sûr, avec une éducation axée uniquement sur cette récompense, ou un chien très tactile, cela reste tout à fait envisageable. Mais tentez de renforcer votre chien maintes fois shapé au clicker par un câlin, et admirez sa tête d’ahuri… S’il ne se casse pas voir ailleurs, frustré par votre radinerie soudaine !

 

La voix

Difficilement catégorisée car riche d’inflexions, notre parole permet de donner des ordres (ou “signaux”) qui sont perçus comme neutres, négatifs ou positifs, mais de la voix nous pouvons également réprimander, féliciter, ou juste parler pour ne rien dire. Selon le contexte et notre humeur, notre intonation et notre diction changent : chaque mot peut solliciter une émotion. Peut-on alors vraiment RENFORCER un comportement avec notre parole si changeante ? Et bien.. Cela dépend. Par exemple, les “release cues” (ordres de libération) sont généralement très bien perçues par le chien, mais que dire du “c’est bien” neutre à souhait ? A chacun de voir les mots “chargés” (conditionnés positivement) qui pourraient permettre de récompenser Fido à eux seuls.

 

Le mouvement

Je n’ai pas encore vu d’article évoquant cette possibilité, pourtant le mouvement fait directement appel aux patrons moteurs de la chasse, que tous les chiens possèdent. Bien sûr, on pense directement aux chiens de berger, sélectionnés pour y être très sensibles, mais les chiens de chasse et autres lévriers ne vous dédaigneront certainement pas si vous partez brutalement à contre sens, et le plus vite possible ! On se base très naturellement sur l’instinct de poursuite du chien pour donner de la valeur au jeu du tug, mais nul besoin de jouet pour créer ce rush d’adrénaline chez ce prédateur domestique ! Souvenez-vous des conseils qu’on vous avait donnés pour travailler le rappel, ne vous aurait-on pas conseillé de justement, reculer ou cavaler dans le sens opposé du cabotin se refusant à rentrer ? Et si, plutôt que l’utiliser en leurre, vous utilisiez ce mouvement pour le récompenser ? Reprenons le thème du rappel : lorsque votre chien revient, partez en courant avant qu’il ne vous rattrape, et s’il vous suit, ne lui facilitez pas la tâche, changez de sens, tournez, virevoltez comme une proie ! C’est également un très bon moyen de casser des exercices demandant une très grande concentration, comme la marche au pied ou une très longue tenue de place. Donnez votre ordre de libération, et tracez votre route… Encore une fois, votre imagination pour utiliser ce renforçateur restera votre seule limite.

 

Le monde extérieur

C’est à la fois si simple…. Et si compliqué. Parce qu’en théorie, pour collaborer en toute harmonie, nous devons apprendre à notre cher ami à quatre pattes comment marcher sans tirer sur la laisse, revenir au rappel, laisser un chien, un bout de pain, une odeur alléchante… En gros, nous devons travailler pour qu’il ignore l’environnement… que nous pouvons également utiliser en récompense !  La théorie peut sembler obscure mais la pratique est assez simple : il suffit d’avoir ce fameux ordre de libération. Imaginons que Médor gambade en liberté dans un joli bois. Vous le rappelez, et il revient au galop. Vous pouvez alors :

  • Le récompenser avec une friandise ou un jouet (R+ primaire)
  • Le récompenser en le renvoyant jouer avec l’ordre de libération “va jouer” (R+ secondaire)
  • Ou bien associer plusieurs renforçateurs secondaires : un rappel + un ordre très apprécié + ordre de libération

En utilisant les trois méthodes de façon aléatoire (et en diminuant petit à petit les R+ primaires) on pourra obtenir des comportements enthousiastes sans perte de motivation. A vous de trouver les multiples façons d’utiliser l’environnement en guise de récompense : le droit de nager après quelques tricks, la possibilité de courir en récompense d’un pas bouger de 5min, l’autorisation de renifler longuement une odeur lorsqu’il aura marché 10min sans tirer sur sa laisse…

 

Vous l’aurez compris, une fois un comportement appris avec des renforçateurs primaires pratiques à utiliser, il est assez simple de le maintenir sans forcément passer par la nourriture. N’hésitez pas à partager votre propre expérience dans les commentaires !

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La laisse enrouleur qu’on adore détester.

En 2015, j’avais gagné une box cadeau d’une valeur de 150€ en participant à un concours sur le thème de la Saint Valentin. Il fallait expliquer pourquoi on aimait notre chien, et je l’avais joué