RECUL – quatre méthodes…

… et une seule bonne façon de faire

Apprendre le recul à son chien a bien des avantages, outre l’utilisation classique qu’on en fait dans les sports canins : il permet au chien de prendre conscience de ses postérieurs et doit les manoeuvrer, au début consciencieusement, pour parvenir à effectuer l’inverse du mécanisme de la marche, qu’il accomplit de façon innée après quelques semaines de vie. C’est ce fameux domaine qu’on nomme “proprioception”, gros fourre-tout que j’ai pu décrire dans cet article :  bien débuter le fitness canin. Un chien qui a une pleine conscience de son corps a moins de chance de trébucher (et donc de se froisser un muscle) et pourra utiliser le poids de son corps en obéissance (blocages) comme en agility (sauts regroupés) à bon escient.

 

Cette diatribe vous vantant les bénéfices d’un tour ou d’un autre du point de vue de la proprioception, vous l’avez certainement lue des dizaines de fois. Mais saviez-vous qu’avec ce tour, le chien apprend à mieux s’équilibrer au repos (et non en action, ce qui est majoritairement vanté et voulu), lui permettant de réduire les petites faiblesses de son organisme ? Imaginons que Médor se froisse un muscle de l’épaule gauche, mais que cela passe inaperçu dans sa démarche. Un chien peu musclé aura tendance à mettre tout son poids sur sa patte droite, créant ainsi des faiblesses et des boiteries… Un chien mieux entretenu ménagera son épaule blessée en répartissant la charge de son corps sur ses trois autres pattes. Au vu de ce détail d’importance, on se demande encore pourquoi les fondations des cynosports ne sont pas des cours sur le fitness canin ! (Si le sujet vous intéresse, inscrivez-vous pour participer aux prochains stages)

 


recule cynotopia

Notez que Nya débute dans cet exercice et qu’il recule avec les postérieurs encore trop écartés, il “tâte” le terrain car il n’a pas mécanisé le mouvement

 

Reculer, oui, mais pas n’importe comment.

Maintenant que nous savons POURQUOI un chien devrait apprendre à reculer, voyons ensemble la forme optimale de ce mouvement. Tout comme nous, si l’exercice est mal pratiqué, nous risquons de créer plus de problèmes que d’en résoudre.

  • Pour avoir un réel impact, le chien doit reculer en ligne droite sur plus de six foulées
  • Le dos doit former une ligne égale, peut être arqué au début de l’apprentissage mais surtout pas creusé
  • Les pattes avant doivent reculer de façon indépendante et non en petits sauts (très mauvais pour le dos)
  • Au début de l’apprentissage, le poids du corps est souvent sur les épaules et les pattes guident le mouvement, mais le but est un poids vers l’arrière et des postérieurs qui initient et maintiennent le recul

 


Comment apprendre le recul à son chien ?

Il existe énormément de façons de faire, je vais ici vous en lister quatre différentes, en sachant qu’il en existe bien d’autres. J’ai volontairement exclu la méthode du leurre (où on place une friandise sous le nez du chien et on le “pousse” pour qu’il recule, pour des raisons que vous pourrez comprendre dans l’article sur l’éducation positive et les techniques d’apprentissage.

recule cynotopia

1) L’espace personnel : Tout comme nous, le chien n’aime pas qu’on empiète dans son espace, et cherchera naturellement à se soustraire d’un contact rapproché invasif. Si, lorsqu’il est face à vous, vous faites un pas dans sa direction et qu’il recule, récompensez ! Dans le cas contraire, avancez d’un autre pas (toujours un à la fois) et trouvez à quel moment il tend à avoir un mouvement de recul. Une fois que vous avez obtenu six à huit pas de votre chien en avançant sur lui, il sera temps de lui apprendre à le faire en autonomie, car le but ici n’est pas de guider le mouvement mais que le chien l’initie et le poursuive seul. Après quelques répétitions standard, cessez d’avancer et attendez : s’il recule, récompensez. S’il attend, reprenez l’exercice en construisant un historique de renforcement plus fort (récompensez plus souvent), puis réessayez la séance suivante.

 

2) Le couloir : c’est une méthode moins invasive et stressante pour le chien, mais qui demande dès le début de la patience, car il s’agit d’un apprentissage qui s’apparente au shaping. Il suffit de créer un couloir pour que Médor puisse passer, mais pas se retourner. Par exemple, placer son kennel ou un canapé à trente ou cinquante centimètres d’un mur, et on l’invitera à rentrer dedans. Ne pouvant se retourner pour repartir, il reculera naturellement, et ce sera à vous de récompenser au premier pas, pour lui faire comprendre vos attentes. Une fois que le recul est automatique (le chien rentre dans le couloir puis recule) on tentera de diminuer la taille des objets le constituant : passer du canapé à deux petits meubles, puis à quelques cônes, et enfin plus rien. Vous pouvez voir cette méthode dans la vidéo suivante, où j’ai commencé par des plots serrés et collés au mur pour les espacer et les éloigner de plus en plus jusqu’à m’en passer. Mes clics sont absolument tous en retard, prenez donc exemple sur moi pour ne PAS cliquer votre toutou lorsqu’il s’arrête de reculer mais bien quand il est en mouvement !

 

 

3) Postérieurs sur une cible : nous rentrons dans la partie shaping du sujet et il vous faudra de la patience et de la précision pour arriver où vous voulez. Cependant, la récompense sera de taille, vous musclez ET travaillez la proprioception de votre chien en même temps ! Ici, il faudra choisir une cible pour que le chien y pose ses pattes postérieures, avec une surface clairement différente de votre sol, et si possible, un peu surélevée. Un tapis replié en deux, un coussin d’équilibre, des bouts de cartons collés entre eux.. Choisissez quelque chose de large et adapté à la taille de votre chien.

Dans un premier temps, il faudra shaper le chien à poser ses postérieurs sur l’objet : on récompense donc son intérêt, son regard, les pattes avant, les 4 pattes, puis on affine jusqu’à ne prendre que les postérieurs. Pendant quelques séances, contentez-vous de travailler ce comportement, pour qu’à la vue de la cible, Médor fonce y poser ses postérieurs sans passer par toute une panoplie de propositions (gratter, toucher, y mettre toutes ses pattes…)

Une fois cela acquis, on l’invitera à s’étendre juste un peu vers l’avant, pour qu’un de ses postérieurs descende de la cible (en tendant votre main pour qu’il la touche du nez par exemple). Puis on attendra. C’est ici que vous verrez si vous avez bien travaillé : si toutou remet directement sa patte sur la cible, bravo, c’est gagné ! S’il ne fait rien, ou fait demi-tour pour revenir en situation initiale, c’est qu’il manque encore un peu de travail à cette étape.  (Exemple de cette étape pour apprendre le recul dans les premières secondes de la vidéo)

Tout comme la méthode couloir, le but sera de se passer de la cible assez rapidement : une fois que vous avez un recul de six à huit pas, retirez la cible et recommencez à cliquer un pas, puis deux, puis trois, en progressant jusqu’à la distance voulue.

 

 

4) Utiliser le shaping : pour cela, zéro artifices, juste votre talent ! (et un chien expérimenté dans le domaine, cela va de soi). On cherchera tout d’abord à cliquer le mouvement du corps vers l’arrière, ou celui des pattes faisant une foulée vers l’arrière. Difficile d’établir un plan précis, dans la mesure où chaque chien réagira différemment en fonction de vos clics. Bien que très complexe, c’est la meilleure méthode pour avoir un recul très naturel et avec une bonne position, car aucun élément ne risquera de modifier son allant et sa posture. Vous éviterez également de l’influencer avec le mouvement de votre corps, ou de devoir vous passer progressivement des targets et autres aides matérielles qui deviennent très vite un repère dont on a du mal à se passer.

 

 

Vous avez donc une jolie panoplie d’outils pour apprendre un recul bien propre, et surtout utile. Beaucoup de chiens tendent à reculer vite mais mal (en “bondissant” antérieurs joints) ou à pivoter leur arrière main après quelques foulées. Ces deux attitudes ne sont pas bonnes pour le dos et sont à éviter. En revanche, une fois ce trick bien appris, il pourra servir d’échauffement avant un parcours d’agility, chauffant les muscles de votre chien tout en le motivant et aiguisant son esprit.

 

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