L’école (enfer?) du chiot

Le 20 mars 2014, je démarrais mon premier blog, avec cet article écrit quelques mois plus tôt, narrant mes pensées lors de mon tout premier essai dans une école du chiot (et donc par extension, en club canin).

A cette époque, j’en connaissais juste assez en éducation positive pour réaliser que je ne savais rien. J’avais quelques notions de base : récompenser beaucoup mon chiot, être patiente et éviter les interactions négatives. A part ça ? Basta.

J’allais donc, le coeur plein d’espoir, faire mon essai en école du chiot, accompagnée de mon bébé austrachien au poil encore duveteux… Et je suis tombée de très haut.

Je vous laisse donc (re)découvrir ce petit texte, sans doute un peu brouillon et mal écrit, mais qui transmettait tout à fait mes sentiments à l’époque…

Il me semble que cette expérience, bien que désastreuse, puisse être riche d’enseignements pour certaines personnes moins renseignées, mais bien intentionnées.

 

« Cela fait maintenant quinze jours que j’ai fait ma première leçon dans un club avec Diez. Avant de l’emmener, j’avais été visiter pour vérifier que le club canin était conforme à mes attentes : respect du chien, personnel compétent, installations sécurisées… Le cadre était très sympa, les personnes présentes dispo pour répondre aux questions, et ce qui m’a le plus plu, on lâchait les chiens ensemble avant les cours (tout le monde était prié de venir 15 min avant pour défouler nos loups et les faire rencontrer les nouveaux). Parfait !
J’y suis donc retournée la semaine suivante.


Après un trajet plutôt long en bus avec Diez, j’arrivais au club où quelques personnes étaient déjà présentes. Il joue avec chiens et chiots, s’amuse, fait l’andouille, cherche les vieux qui le remettent à sa place, bref, je suis ravie qu’il prenne contact avec des chiens très zen et équilibrés, et de se défouler avec des jeunes de son âge.

 

 


Le cours commence alors. Dans un enclos, la monitrice/éducatrice (?) nous demande de lâcher les chiens… Sauf Diez et un petit berger allemand aussi jeune que lui. Selon elle, les autres sont trop vieux pour jouer avec et pourraient être brutaux. Mais… Ils jouaient déjà avant et tout se passait très bien ? Et il y a un adulte régulateur dans le tas, tout est donc réuni pour que la séance se passe bien, non ? Me considérant comme néophyte et elle, diplômée, j’accepte donc ses raisons. Les chiens jouent, Diez couine, s’excite, veut participer, cherche le Berger Allemand, mais on me rappelle à l’ordre, il faut le garder au pied. Je raccourcis donc la laisse, songeant que ça commence déjà mal. Je suis très loin d’être le maître idéal, et j’ai énormément à apprendre. Pourtant Diez a deux mois et je sais qu’il est trop jeune pour être tenu assis au pied alors que d’autres jouent.

Après cinq bonnes minutes, les rôles s’inversent et je peux lâcher Diez avec le Berger Allemand. Ils jouent, grognent, couinent, font des roulés boulés et j’ai le sourire jusqu’aux oreilles, ravie comme une gosse de voir mon bébé si content. Mais soudain, la mono rentre dans mon champ de vision, s’interpose et écrase mon loup sur le dos en le maintenant par la gorge « T’es trop brutal espèce de monstre ! » Il glapit, se débat et pousse de hauts cris « Oh, j’te fais pas mal, calme toi ! » Elle finit par le relâcher et il repart la tête basse. Mentalement, je me dis que si elle tente de l’attraper une seconde fois, elle aura bien plus de mal.

Encore une fois, je ne dis rien, même si mon estime envers elle chute de minutes en minutes.

 

Diez école enfer du chiot

Mon chiot et sa tête de monstre – alligator – truc-pas-cool…


Il est temps de rattacher nos loups. J’appelle le mien, et je le félicite chaudement de revenir presque aussitôt, au lieu de continuer à jouer. Les autres chiots arrivent, en laisse eux aussi. On parle un peu de la propreté des chiots. «  Ah, la tienne a fait pipi pendant ton absence ? Oui c’est de la vengeance ça. » Je commence à me demander ce que je fiche ici. Mon regard effleure les autres qui ne bronchent pas. Pour eux, un chien qui urine par vengeance, c’est normal ? Bon, après tout nous sommes peu à savoir que c’est impossible.. D’accord, la chienne qu’elle observait a sept mois, elle est censée être propre… Censée. Les accidents arrivent à tout le monde. Mais c’est plus facile de critiquer quand on observe, alors je garde le silence.


Hop, le cours semble commencer réellement, il faut travailler les positions ! Comme vous commencez à vous en douter, la monitrice vient vers moi et me montre gentiment qu’il faut faire asseoir le chien en pressant son arrière-train et le coucher en tirant ses antérieurs. J’essaye d’intervenir. « Mais il… » « Non mais il sait s’ass… » « D’accord, mais vous savez j’ai commencé à lui apprendre à se couch.. » Elle s’éloigne. Je reste frustrée, voire même excédée. Nous somme huit ou neuf, n’a-t-elle pas une petite minute à m’accorder pour se renseigner, et ne pas me classer direct dans la case de « la nouvelle et son tout petit chien qui ne sait rien ? »


J’observe les autres, source inépuisable de riches enseignements. Des humains droits comme des piquets qui hurlent les « Assis ! Iron Assis ! » et qui félicitent d’une voix atone d’un « ça c’est assis ça c’est assis. » Je soupire et me tourne vers le mien qui hésite entre mourir d’ennui en silence ou sauter sur ce qui est à sa portée pour me montrer que rester immobile le gave. Je lui demande quelque assis et couchés dans l’indifférence générale. La mono vient juste me voir pour me dire que je le récompense mal. Mes «  ouiiii c’est bien ! C’est bien Diez ! » c’est cool ils sont enthousiastes, mais il faut répéter l’ordre. Okay, j’approuve, pas de problème. Mais pas un mot sur mon loup de deux mois et demi qui obéit parfaitement au contraire des autres, qui regardent les copains d’à côté faire de l’agility.

 

Je ne sais pas quoi faire.

Enchaîner les assis et couchés, c’est bien, même avec des friandises, mais je devine que le mien veut jouer, courir, bouger ! Je fais quelques pas pour le distraire « Le laisse pas sentir par terre ! Raccourcis la laisse à fond, il apprendra à marcher au pied comme ça ! » Euh okay.

Et sinon la pause, c’est quand ?

 

Diez école enfer du chiot

 

J’en vois d’autres qui essayent de travailler la marche au pied, donnant de grands coups de laisse à leur chiot qui ose mettre le nez par terre ou dévie un peu. La petite Husky qui « faisait pipi par vengeance » est très dissipée. J’entends la prof qui marmonne un « merde j’ai oublié mes étrangleurs, la prochaine fois on lui en met » Elle attrapa la laisse, la secoue par le collier, l’embarque dans une marche forcée et la décolle du sol dès qu’elle s’éloigne de la jambe. Heureusement, mon « bébé qui ne sait rien faire » est trop jeune, elle ne tente pas l’expérience. Ouf pour lui…


Cela fait bien une demi-heure et les chiots ont toujours été tenus en laisse, soit courte, soit lâche pourvu qu’ils soient assis au pied. Arrive visiblement un moment ludique : on sort des tuyaux, des bâches et des caisses en carton, pour que les chiots gèrent leur stress envers l’inconnu. De loin, je suis ravie, Diez est un peu peureux au début, mais en lui donnant le temps d’analyser, d’observer et de renifler la chose, il comprend très vite que c’est inoffensif. Pourtant, on ne prend pas le temps de laisser les chiots mettre en place ce processus de socialisation : encore une fois, tenus court, ils doivent passer sur ou à côté des objets sans leur laisser le temps d’approcher à leur rythme. Certains montrent clairement des signes d’apaisement et sont stressés ; on les ignore et lorsqu’ils ne fuient plus, on conclue qu’ils ont assimilé la chose alors on jette les caisses auprès d’eux et on secoue la bâche sous leur nez. Il aurait été tellement plus drôle, à la fois pour eux et pour nous, de leur apprendre à surmonter ces défis de façon positive et ludique !

 

Je me sens oppressée, mal à l’aise, comme si j’étais ces chiens paniqués.

J’ai peur de mal juger, d’être dans le faux, peut-être qu’il y a une part de bon là-dedans ?

Bien sûr il y a plusieurs méthodes pour éduquer un chien, et si je me trompais ? Et si c’était une solution de mettre le chien face à ses peurs sans lui laisser le temps de fuir ? … Et si je jugeais mal ?
Je n’aime pas l’environnement. Vraiment.

J’ai envie de partir. 

Je veux voir Diez jouer, et non stressé, collé à ma jambe, ou en train de tirer sur sa laisse pour aller voir les autres chiots…
La période ludique s’arrête enfin. J’attends toujours la récré.
Il n’y en aura pas.


L’étape suivante est le rappel. Des maîtres très gentils et pensant bien faire appellent leurs chiens d’une voix sans timbre, restant figés, debout, sans un geste. Certains chiots arrivent au galop, ravis de les rejoindre, et d’autres vont voir les copains. La monitrice les chasse à coups de laisse. Quand vient mon tour, je fais l’andouille, accroupie, frappant dans mes mains, appelant mon chien qui vient, pas franchement motivé malgré mes pitreries. Je ne sais quoi en penser, mais il est venu vers moi alors cela me suffit. Son rappel est moins bon ici que lors de nos promenades, mais qui l’en blâmerait ?

Diez école enfer du chiot


C’est la fin du cours. Les chiots n’ont pas été lâchés une seule fois et je me sens bien moins à l’aise qu’à mon arrivée. J’ai envie de partir vite et loin, mais je laisse mon loup jouer avec les chiens qui arrivent pour le cours d’après : il a un autre trajet en bus à endurer et il vient de subir une heure en laisse sans bouger, il serait idiot de ne pas lui permettre de courir un peu. Je m’éclipse, prends mon sac, salue tout le monde et siffle Diez peu après.
Je n’ai éduqué que deux chiens dans ma courte vie, et tout ce que je sais, je l’ai appris seule, dans les livres et sur les forums d’éducation. Je juge peut-être mal et je conçois le fait que mes pensées peuvent déplaire à certains qui appliquent certaines méthodes décrites ici comme « barbares » avec succès et sans briser leur chien.
Mais Diez avait deux mois et demi lors de ce cours, et il est resté en laisse pendant une longue heure, entouré de chiens qu’il n’avait pas le droit de toucher.
Ce fut mon premier essai en club, mais mon dernier dans celui-ci.
Je poste ce message ici au risque de subir les foudres de certains, pour tous les adorables maîtres qui adorent leur chien et ne leur veulent que du bien mais n’y connaissent rien, et leur font subir des heures éprouvantes dans une pseudo école du chiot où on règle tout par la force. »

 

Quatre ans après.. Y’a-t-il eu du changement ?

Pas vraiment…

 

Les termes mis en gras vous ont sans doute choqué, et vous avez pensé que “jamais de la vie vous n’aurez toléré qu’on fasse ça à votre chien” … Eh bien, en écrivant ce texte, moi aussi je pensais ça. Et je me demandais pourquoi je n’étais pas partie plus tôt.

Parfois, nous nous doutons que ce que nous laissons subir à notre chien est mal, injuste ou complètement répréhensible. Mais si nous allons en club, c’est pour apprendre : nous songeons alors que peut-être, ce que nous pensons être mauvais ne l’est pas réellement.

Parfois, nous avons juste peur de faire une bêtise, et préférons nous taire et nous soumettre à la personne qui incarne le savoir et l’autorité, à savoir le moniteur de club.

Cela peut être un juge de concours, un formateur, un présentateur ou un tiers quelconque…

 

Il me paraît important de partager cette expérience, même si j’imagine que la plupart des lecteurs de ce billet se révéleront être des propriétaires avertis et/ou partisans de l’éducation positive.

Vous avez le droit de dire non.

Vous avez même le devoir de le faire, pour protéger votre chien.

 

Beaucoup de clubs ont une école du chiot inadaptée, qui se rapproche beaucoup trop de l’obéissance de concours qu’à un simple atelier d’éveil.

Certes, l’éducation précoce et la sociabilisation entrent en ligne de compte, mais ce qui importe entre deux et six mois n’est pas la quantité des expériences rencontrées, mais leur qualité. On oublie bien trop souvent que la pile électrique au bout de la laisse est née moins de huit semaines auparavant pour les plus jeunes, et les éducateurs devraient le souligner auprès de ceux qui exigent déjà des résultats. C’est le rôle des encadrants que de guider le propriétaire sur le bon chemin de l’éducation, et l’école du chiot ne devrait être qu’une garderie ludique où il n’est pas question de positions à apprendre (ou du moins, de façon très atténuée) mais d’expériences sonores, visuelles et olfactives entrecoupées de parties de jeu avec les autres chiots et quelques rappels par les maîtres dans la joie et sans prise de tête. Profitons donc de cette conclusion pour saluer les cours qui sont basés sur ce principe… !


Les chiots sont à l’école primaire, il est grand temps d’arrêter de vouloir en faire des adultes responsables avant l’heure.

 

“Gardez en tête qu’il s’agit d’un CHIOT – vous ne pouvez pas (le faire) sauter la maternelle et aller directement à l’université !” Vous pouvez partager ce panneau, néanmoins un petit lien vers le site ou la page FB serait très apprécié !

 

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L’éducation positive, c’est quoi ? (partie II)

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N’ayez pas peur des jackpots !

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