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Le chien, un loup civilisé – on l’a lu pour vous

 

Nom : Le chien, un loup civilisé

Auteures : Evelyne Teroni – Jennifer Cattet. 

Année de première édition : 2004

Pour qui ? : Intéressés par les origines du chien, sa structure et son développement du stade du chiot jusqu’à l’adulte. 

Nombre de pages : 256

Langue : Français

Disponibilité : Amazon

 

Évelyne Teroni est une éthologue-comportementaliste depuis 1993. En outre, elle a fait un doctorat en psychologie à Genève. Elle a animé de nombreux séminaires et conférences sur les relations entre l’homme et les canidés. 

La co-auteure, Jennifer Cattet est éthologue-comportementaliste et éducateur canin depuis 30 ans. Auteure d’une thèse de doctorat sur la cognition chez le chien, elle fut l’une des premières à enseigner dans les pays francophones avec la méthode du clicker. Elle a d’ailleurs participé à la création de la première école d’éducation canine travaillant uniquement avec le clicker : Animalin, l’école du chien. Aujourd’hui, elle travaille aux États-Unis où elle éduque des rescapés de SPA à devenir chiens d’assistance pour des personnes diabétiques. 

 

Ce que ce livre vous apprend

Après une explication historique sur les origines du chien (et les diverses théories ayant mené aux connaissances que nous en avons aujourd’hui), le livre cherche à expliquer les raisons de problème de comportement de nos meilleurs amis. Leur nature profonde, leurs gènes, en un mot leur instinct guident chacun de leurs actes et nous prouvent que, non, Toutou ne se venge pas en dévorant le canapé et qu’il ne mange pas de crotte parce que c’est un gros dégoûtant. Il rappelle au public d’où provient le chien et cite les incohérences dont il est victime à cause de notre mode de vie, mais surtout, notre manière de les humaniser en interprétant leurs comportements, leurs caractères et surtout la résolution de leurs problèmes. 

Si l’idée se défend (avec beaucoup de prudence), la mise en pratique est vraiment antique et peu adaptée. Nous n’approuvons aucunement l’explication générale qui suit et les raccourcis utilisés par les auteures.

Le livre fait très souvent le parallèle entre le développement du chien et celui d’autres canidés sauvages. Chaque comportement de notre ami domestiqué découlerait de celui de ses ancêtres, motivé par un besoin de domination constant : un adolescent agressif cherche sa place dans la hiérarchie, les chiens sautent sur leur maître car c’est un rituel de salutations appris lorsque la mère régurgite la nourriture. 

Le nœud du problème, selon eux, est que nous laissons à Toutou la lourde tâche de devenir le leader de la meute. On lui offre le lit, le canapé, il passe les portes devant nous et il mange le premier. En revanche, il ne peut pas, comme un vrai chef, décider des balades, nous laisser sortir quand lui le décide et se fait chasser du lit, comportement intolérable aux yeux d’un dominant. Perdu entre cette promotion empoisonnée que nous l’obligeons presque à prendre et ses devoirs de soumis, le chien se retourne très souvent contre ses maîtres. Shootés à la testostérone, le labrador du voisin et notre malinois ne pensent qu’à une chose : se saluer pour déterminer qui domine qui… Et ne parlons pas des femelles, encore plus vicieuses qui attendent le bon moment pour se battre à mort avec leurs rivales. Une attitude plutôt normale quand on connaît leur lourd passé au sein d’une fratrie déjà occupée à se décimer pour prendre l’ascendant comme avertit le livre : “Cependant, dans quelques lignées de certaines races (notamment les bull-terriers), il arrive que les chiots doivent être séparés vers la 6ème ou 7ème semaine car les animaux s’infligent de graves blessures”. Après un stade limite larvaire, les chiots commencent à monter dans le ring pour se battre. Les jeunes mâles les plus lourds s’approprient les denrées, leurs sœurs, elles ont perdu d’avance puisque plus fines… Mais elles auront l’occasion de reprendre le dessus puisque, passé une période, c’est l’intelligence qui prime dans la prise de pouvoir. 

Au vu de cette guerre sans merci que se livrent les chiens, nous devrions peut-être, nous humains, mieux choisir nos meilleurs amis. À la fin de l’ouvrage, on est en droit de se demander si nous n’avons pas ouvert la porte à des êtres sanguinaires en puissance dont la première préoccupation sociale est de s’aplatir ou d’être aplati. 

Les loups, eux jouent à Game Of Thrones dans leur coin. Le bêta, uni au duo Alpha ne rêve que d’une chose : s’approprier la femelle chef. Il partage son temps entre surveiller l’état de son souverain (pour saisir l’occasion de le surpasser) et défendre sa place des sujets qui voudraient monter en grade. La Dame du roi, loin d’apprendre à coudre ou chanter des odes se balade dans sa meute pour massacrer toutes les femelles réceptives. 

Apprendre que Jennifer Cattet, la co-auteure, a à la fois participé à la création de l’école Animalin et à la rédaction ainsi que l’approbation de ce livre nous a laissé perplexes. Autant on peu pardonner les maladresses d’une édition de 2004, autant on ne peut tolérer un tel ouvrage en 2020. Le livre fut réédité en 2008 et 2013, soit dix ans pour corriger les affirmations désuètes et virer les études poussiéreuses. 

À moins que vous ne vouliez connaître le développement du chiot sous toutes ses coutures (et encore, en omettant les interprétations antiques de certains comportements), nous déconseillons ce livre qui, malgré une réédition en 2013 n’a pas su se mettre à jour. Il soutient la théorie de la dominance linéaire et interspécifique pendant des centaines de pages (nous savons tous que les espèces de cet univers ont un langage commun et des intérêts pervers pour la domination : ainsi, le chien essaye de dominer son maître et l’humain poursuit la mouche qui cherche à lui voler son territoire avec sa tapette).  

 

Ce que nous avons aimé 

  • Des données alimentées de statistiques qui nous apprennent bien des choses sur nos amis : quel pourcentage de la population considère leur animal de compagnie comme un confident, un objet de prestige, un être vivant pour responsabiliser les enfants… Saviez-vous que ce sont surtout les familles nombreuses qui ont un chien chez eux ? 
  • Une approche différente quoiqu’intéressante sur ce que nous apporte le chien (y compris lorsque la relation est négative, par exemple lorsque l’animal subit de mauvais traitements).
  • Bonne explication du développement des chiots, si on fait l’impasse sur l’interprétation aujourd’hui réfutées de certains comportements (dominance linéaire et interspécifique qui s’installe dans la fratrie…). On parle légèrement de l’incidence sur le futur chiot de bonnes ou de mauvaises conditions prénatales et pendant la mise-bas.
  • Entre deux pages de théories du complot au sein d’une meute, on a le droit à d’intéressantes observations des différents styles de vie : des chiens de village nourris par les habitants aux  errants sans contact avec l’homme.
  • Malgré ses tendances très traditionnelles au niveau de l’éducation canine, le livre ne prône jamais la violence envers les chiens et la dénonce. “On ne doit pas punir un chien qui se fait pipi de joie en nous voyant, c’est un signe de soumission.”. Les tentatives sont maladroites mais aucun outil coercitif n’est admis dans le discours des auteures, c’est déjà ça. 

 

Ce que nous n’avons pas aimé 

  • Le livre est assez brouillon et nous mène sur toutes les pistes. L’étude du comportement des meutes est si détaillée qu’on oublie la comparaison qu’elle voulait faire avec les chiens. On sort du thème avec le développement du chiot sous tous ses aspects, y compris biologiques, inutiles pour expliquer le comportement du chien. Parmi ces données un peu lancées au hasard (histoire de les placer surtout), on trouve des analogies fragiles voire illogiques avec des chacals, des coyotes et autres canidés sauvages. 
  • Certaines théories affirmées comme vraies ne sont plus aujourd’hui reconnues (concernant les origines des chiens) et des interprétations de comportement qu’on sait fausses “le chien sauterait sur son maître car la femelle sauvage régurgite la nourriture, cela devient un rituel de salutation par la suite”. 
  • Une forte notion de hiérarchisation/domination y compris interspécifique et un certain jugement envers ceux qui traitent leur chien un peu “humainement”. On sait tous que savoir qui domine qui est comme le dit le livre, la première préoccupation sociale du chien. Il en voit un autre, il veut savoir qui est le chef.
  • Le livre se cache derrière des statistiques (“58.73 %…”) des chiens agressifs envers leur maître seraient des mâles pour conclure sur des clichés gênants… Cela concerne aussi le manque de propreté, les aboiements, la peur. Tout est quantifié et froidement considéré. Selon eux “le quart des chiens ayant des problèmes de comportement sont des animaux croisés ou des bâtards”.
  • Certains passages sont plutôt “lourds”, beaucoup de détails, surtout dans le développement du chiot qui concernent surtout des professionnels (grognements de satisfaction du petit, réaction de la mère aux mouvements du chiot mais pas à leurs cris, le rythme cardiaque qui augmente, les ondes cérébrales prenant de l’amplitude, etc.).
  • Un langage ardu et trop de données font perdre le fil de la lecture. 
  • Tous les problèmes viennent de la dominance (passer les portes en premier, réclamer le lit ou le canapé, on embrasse le chien comme un soumis le fait sur les lèvres du dominant…). Pour le livre tous les problèmes comportementaux (anxiété, défense de l’environnement, agressivité) s’expliquent par notre laxisme et parce que nous laissons le chien dominer. Le chien est dominant par obligation, fait pipi dans la maison pour la défendre, ne supporte pas que le maître sorte sans lui (forcément, c’est un subordonné…) 

 

 

En conclusion : après avoir lu ce livre nous avons appris que les loups jouent à Game of Thrones, que les chiens terrorisent leurs propriétaires trop laxistes, bref, les canidés sont de vrais sauvages, autant adopter un chat.

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Cessez donc de tripoter mon chien !

Plus jeune, j’étais le type d’enfant à caresser tous les chiens qui passaient. J’adorais les animaux, nous n’en avions pas à la maison, je voulais un chien de tout mon coeur mais cela n’avait aucun