Choisir son chien : entre l’envie et la réalité

Lors d’un live questions/réponses sur mon compte Instagram, plusieurs personnes m’ont interrogé sur le choix d’un chien. Comment savoir lequel prendre ? Lequel sera le plus adapté à nos besoins ? Comment choisir en fonction du caractère ? Ces questionnements reviennent souvent, et je trouvais intéressant d’évoquer un peu plus en détail ce point qui nous a tous un jour traversé l’esprit : “comment vais-je choisir mon futur chien ?

Le chien idéal sera celui qui correspondra à votre vie familiale, votre activité et votre investissement en éducation. Un beagle sera un bon chien pour des enfants, mais il ne faudra pas rêver de prouesses sportives avec. Un malinois donnera beaucoup mais demandera le double en temps pour se dépenser correctement.

Avant tout : deux questions à se poser.

Mettons de côté tous les détails évidents que vous retrouvez dans n’importe quel article traitant du sujet : choix de la race, temps accordé, matériel à acheter, élevage ou refuge (pas d’animalerie, d’expos ou de salons du chiot !) etc.. Concentrons-nous simplement sur deux questions, qui vous aideront à mieux orienter votre démarche.

« De quel type de chien ais-je besoin ? »

Cette question est à mettre en opposition avec ce que vous pensez vouloir.

Vous voulez un chien actif, pour lui apprendre plein de choses, mais vous travaillez huit heures par jour, vous avez donc besoin d’un chien qui puisse tolérer ces longues absences.

Vous voulez un chien de lignée travail car pour vous, les lignées beauté ne valent rien, mais vous n’avez jamais eu de chien avant ; vous avez donc besoin d’un chien patient qui tolérera les mille erreurs que vous ferez fatalement, comme nous avons tous fait avec notre premier chien.

Vous voulez un chien très énergique, pour courir et randonner, mais vous avez un enfant en bas âge et votre partenaire n’est pas forcément prêt à subir un chien destructeur et aboyeur, vous avez donc besoin d’un chien tolérant et polyvalent, qui pourra s’adapter à une vie de famille, entre journées calmes et week-ends de randonnée.

Présenté ainsi, cela paraît évident, mais combien d’éleveurs de chiens de travail (particulièrement belges et hollandais) se retrouvent devant des néophytes qui prétendent vouloir un malinois “avec du carafon” et qui bondissent dès qu’un chien leur saute dessus ? Combien d’éleveurs de chiens-loups ont pu assister à la visite d’un couple, avec une personne fort intéressée par la race, et son partenaire angoissé par la haute stature des chiens, s’imaginant déjà tracté en bout de laisse ?

Combien d’abandons parce qu’on s’est trop focalisé sur “je veux” au lieu de “j’ai besoin” ?

©Cathy Austrabraque – Chiots de la Team Braqu’os

« Quel sera l’avenir de mon chien ? »

Mettons en relation ce que vous voulez, ou ce dont vous avez besoin, avec ce que vous allez concrètement faire avec ce chien, 365 jours par an. Vous projetez de randonner, de faire du vélo, de vous mettre à l’agility, très bien. C’est une bonne chose ! Mais ces activités ne seront en général qu’une infime partie de la vie de votre chien. 

Ce qu’il faut visualiser, c’est ce que fera votre chien en semaine. Combien d’heures travaillez-vous ? Quand vous rentrez du boulot, avez-vous un ou plusieurs enfants à gérer avant le chien ? Avez-vous des loisirs qui ne le concernent pas ? Combien de temps aurez-vous pour le promener ? Pour jouer avec lui ? Pour le laisser courir en liberté, renifler pendant 15min le même arbre, jouer avec des copains ? Combien de temps restera-t-il seul ? Que ferez-vous s’il détruit ? Aboie ?

Profitons-en pour briser un mythe qui perdure malgré sa vacuité : oui, vous pouvez avoir un chien en appartement. Oui, vous pouvez avoir un grand chien en appartement. Oui, vous pouvez avoir un grand chien énergique en appartement. Son adaptabilité dépendra du nombre de sorties que vous lui offrirez. Dix minutes par jour ne suffiront même pas à un chihuahua. Mais pas besoin de courir pendant deux heures tous les soirs avec votre berger allemand non plus : tant que vous offrez à votre chien de quoi satisfaire ses besoins physiques, mentaux et sociaux, la plupart des chiens ne poseront aucun souci. N’hésitez pas à jeter un oeil sur l’article sur l’enrichissement (comment stimuler et occuper son chien) pour y piocher quelques idées !

©Nathalie Fath – vom Herzogswappen

 

Une parenthèse sur le chien de travail ou de sport

La mode est actuellement aux chiens “high-drive” que l’on traduirait laborieusement par “très énergiques”  car ces chiens ont besoin de beaucoup de stimulations mentales et apprennent donc très vite. Le problème, c’est qu’on ne peut pas tourner ce bouton en marche/arrêt lorsque cela nous arrange. Avoir un chien calme 23h/jour, et motivé seulement lorsque vous avez le temps et/ou l’envie de travailler, ce n’est pas possible.

On imagine difficilement ce qu’est de vivre avec ces chiens, qui sont généralement (mais pas forcément) issus de lignée travail, où leur grande énergie et enthousiasme est canalisé et parfaitement utilisé par des professionnels ou utilisateurs (pratiquants d’une discipline).

Pour illustrer, rien de mieux que cette vidéo, en anglais certes, mais prenez le temps de la regarder jusqu’au bout… Et si vous voulez un malinois ou un border collie de travail, imaginez votre quotidien avec un tel chien ! Vous sentez-vous toujours prêts ?

https://www.youtube.com/watch?v=yXqNl5bTCMU

“Les gens ne se rendent pas compte des efforts qu’il faut fournir pour élever/éduquer un chiot “high drive”. La majorité n’a tout simplement pas les compétences pour le faire. En voyant ce chiot, vous penserez “oh, il est mignon ! je pourrais gérer ça !” mais… Après deux heures, penserez-vous la même chose ? Et après une semaine ? Quand ce chiot vous prendra quatre fois plus de temps qu’un enfant de deux ans ? (…) Pouvez-vous imaginer les dégâts dans la maison si ce chiot n’était pas contenu dans son parc ? C’est pour cela que de fantastiques chiens de travail finissent en refuge, et c’est pour cela que beaucoup d’éleveurs ne vendent pas leurs chiens aux personnes n’en ayant jamais possédé”

L’aide la plus précieuse au monde : votre éleveur

Une fois que vous avez clairement identifié vos besoins, et qu’ils collent avec le quotidien et l’avenir prévus pour votre futur chien, vous pourrez les expliquer à votre éleveur, ou à un bénévole de refuge (ce dernier vous dirigera vers les chiens correspondant à vos recherches).

Attardons-nous sur le cas de l’éleveur.

On me demande souvent “je veux un chien calme/énergique, comment savoir quel chiot prendre ?” et systématiquement, ma réponse est la même : faîtes confiance à votre éleveur.

Un bon éleveur a déjà quelques années derrière lui, et on peut en général dire sans trop se tromper que plus il a pratiqué, plus il sera compétent. Il connaît ses chiens, a vu évoluer les chiots de la portée que vous visez, et sait dire quel élément sera plus vif, lequel plus calme, plus proche de l’homme ou plus indépendant.

© Nathalie Anthonioz-Rossiaux – Elevage des Loups d’Aquitaine Spitz Allemand

Nous rêvons tous de découvrir notre futur chiot comme une révélation, comme la plus belle scène du film de notre vie, où il court dans nos bras et ne nous lâche pas, et que du plus profond de notre coeur, nous le savons, ce sera “lui” et pas un autre.

Ma foi, si une telle chose se produit, personne ne vous blâmera de repartir avec votre coup de foudre !

Mais si vous cherchez le match idéal pour vos besoins et votre train de vie, alors il est conseillé de simplement faire confiance à la personne qui a élevé ces petites boules d’amour pendant deux mois, et qui a peut-être même aussi élevé leur mère et leur grand-mère. L’éleveur connaît la race, et plus encore il connaît les lignées sur lesquelles il travaille, et saura rapidement vous dire quels chiots conviendraient le plus à vos désirs.

Quelques conseils pour reconnaître un bon éleveur

N’étant pas éleveuse moi-même, je laisse cette section ouverte aux commentaires, et je l’éditerai en fonction des ajouts et conseils de personnes du milieu. N’hésitez donc pas à ajouter votre pierre à l’édifice !

  • Un bon éleveur n’élève pas quinze races de chiens en même temps : il se spécialise dans une race, parfois deux ou trois, mais rarement plus.
  • Il ne possède pas non plus cinquante chiens, pour pouvoir connaître son cheptel à la perfection : caractère, antécédents, généalogie…
  • Si les chiens vivent avec lui au quotidien, et pas dans des chenils ou des parcs, c’est généralement mieux, mais le contraire ne signifie pas qu’il s’agit d’une personne se moquant du bien-être des chiens
  • Il n’a pas des chiots disponibles toute l’année (ou dans le cas contraire, ses chiennes effectuent un roulement et ne sont pas saillies deux fois par an)
  • Il socialise ses chiots avec soin : plus il offre de stimulations aux jeunes (visuelles, tactiles, auditives..) plus votre chien aura de chances d’être équilibré et confiant en toutes situations
Photo ci-dessus : ©Alexya Batac – Les chiots Du domaine des pitchounes apprennent à aimer les manipulations et les soins vétérinaires, quelle merveilleuse idée !
  • L’éleveur passionné vous pose beaucoup de questions pour vous aider à déterminer quel type de caractère vous conviendrait le mieux. Comme cité précédemment, il cherchera à différencier vos désirs de vos besoins, et dans quel cadre de vie vivra son petit protégé
  • Un bon éleveur est également celui qui teste ses reproducteurs, afin de faire naître des chiots en bonne santé et ainsi participer à l’éradication des tares de la race qu’il produit
  • … Et s’il est axé éducation positive, c’est encore mieux !

N’oubliez pas…

Votre futur chien vivra avec vous pendant dix à quinze ans si vous le prenez chiot, et si bien sûr s’il est charmant de se fier au hasard, nous ne pouvons nier les faits : de plus en plus de chiens sont abandonnés chaque année. Est-ce à cause d’un achat impulsif ? D’une incompatibilité totale entre le caractère du chien et son cadre de vie ? Impossible à savoir, mais tentons de réduire ce nombre effrayant en réfléchissant bien aux choix qui mettront entre nos mains la vie d’une créature consciente et elle aussi, dotée de sentiments bien réels.

Photo de couverture : ©Marine Legagneur photographie – Elevage des loups de la Hem – Merci beaucoup à tous les photographes et éleveurs qui ont envoyé leurs photos pour illustrer cet article !

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