Le chien régulateur existe-t-il ?

Le chien dit “régulateur” était très en vogue il y a quelques années. Sorti d’un peu nulle part, il était décrit comme un Messie parmi les chiens, dont la seule présence faisait taire les conflits. Un chien pondéré, pas agressif pour un sou, qui fédérait tout le monde sous sa coupe. Nul besoin de l’éduquer, il était ainsi, compagnon idéal de l’éducateur canin. Malgré tout, des questions se posent.

 

L’individu régulateur : mythe ou réalité ?

Mon chien régule” …

Moi je suis comme Saint Thomas, je ne crois que ce que je vois. 

Avoir un chien régulateur c’est très à la mode, très classe, très “bien”, le chien professeur qui aide les autres, qui irait presque même travailler à notre place par pur altruisme. Le régulateur, en théorie, c’est un chien posé dans sa tête et dans son corps, avec une communication irréprochable et une bonne dose d’assurance pour calmer les ados testostéronés qui se revendiquent rois du monde. 

Avoir un chien régulateur est devenu une question d’ego. Un chien meilleur que les autres, bien supérieur à ses pauvres congénères même pas régulateurs (quels nuls quand même ces chiens versant dans la banalité !) 

Le régulateur c’est un chien rare…. Mais au moins un de vos amis en a un.

Les clubs en ont une demi-douzaine. Tous les éducateurs pro ou presque ont le leur. Ceux qui animent des balades aussi. C’est plutôt fantastique, non ?

On a tous des licornes en bout de laisse !

(Ou alors on se fourvoie royalement…)

 

Ce que sont ces fameux chiens “régulateurs”

En découvrant le sacro-saint statut de chien régulateur, j’ai tout de suite eu envie d’en avoir un, naïve que j’étais dans mes premières années en tant que propriétaire. Je voyais facilement les prémices d’un Cujo chez mon australien, pas agressif pour un sou, mais qui râlait un coup quand le jeu entre congénères devenait un peu trop brutal et inégal. Il allait être mon partenaire, mon outil et mon double en même temps.

Pourtant, comme beaucoup, je me fourvoyais et j’ai vu en mon chien ce que je voulais voir. 

En vérité, la plupart des chiens étiquetés comme régulateurs (par leurs maîtres peu objectifs) n’en sont pas. Au choix, vous y trouverez 

  • des chiens anxieux qui veulent plus d’espace ou de calme, et qui façonnent leur bulle de confort à coups d’aboiements et de crocs (créant donc du stress tout autour : exactement le contraire du régulateur qui apaise et rassure)
  • des chiens calmes qui passent plutôt bien, sans réel impact sur l’autre chien, le genre qui traîne dans certaines écoles du chiot sans jamais intervenir (mais ils sont là donc euh.. Y’a un impact, si si).
  • des chiens carrément agressifs qui vont démolir les autres, et créer artificiellement cette paix ambiante : eh oui, quand on se fait latter la face en arrivant, on a moins envie de jouer et d’interagir… 

Comment nous blâmer d’espérer avoir une telle pépite ? Nous voulons voir en nos chiens ce que nous cherchons. Il recadre en douceur ? C’est un régulateur. Il invite au jeu un chien anxieux ? C’est un régulateur. Il montre les crocs face à un individu un peu trop irritant ? C’est un régulateur. Il sépare une bagarre ? C’est un régulateur. Il participe à une bagarre ? C’est un régulateur.

Et si… au final… Nous n’avions que des chiens qui communiquent ? 

Certains mieux que d’autres. Mais un chien qui n’ennuie pas un congénère stressé, et râle quand un autre l’asticote un peu trop, n’est-ce pas ainsi qu’un chien normalement codé évolue ? Pourquoi devoir envier un “super-chien” quand finalement, “être chien” est le réel super-pouvoir ?

 

Le problème du chien présenté comme régulateur

Malheureusement, l’idée d’un chien professeur était bien trop tentante pour ne pas en faire commerce. Ainsi depuis que le concept a surgi, et ce sans aucun appui scientifique… Des éducateurs ont fondé leur business sur leur chien prétendument éducateur ou thérapeutique. Un super héros, parfois mieux, une meute de super héros qui rééduqueront votre chien en quelques séances, peu importe son problème. 

Aucune période d’adaptation, que Fido soit en face d’un unique chien ou d’une meute qui fondra vers lui, votre chien n’aura rapidement pas d’autre choix que de capituler. Mais qui l’en blâmerait ? 

Le trait de génie marketing en plus, c’est que le propriétaire des chiens magiciens peut commenter au fur et à mesure du recadrage, brodant une séance comportementale cadrée et réfléchie quand en réalité, le chien invité se fait juste molester. Le néophyte ne sachant décrypter le langage canin ne réalise pas la détresse de son compère, et le récupère à plat et tétanisé, n’osant certainement pas aboyer ou tirer sur la laisse après la correction que les petites brutes ont pu lui mettre. 

 

 

Et puis si on appelle les anciens clients deux ans après, on réalise que rien à changé. Que leur chien est resté agressif, ou a même empiré après s’être pris entre un et cinq bergers sur le coin de la face. 

Eh oui, exactement comme toutes les espèces, les chiens sont pacifistes – s’ils ont un minimum de communication, ils éviteront le conflit. C’est pour cela qu’on partage de jolies échelles de l’agression. Parce que même si on vient lui tirer les oreilles pendant qu’il mange, Médor sera assez sympa pour se figer et grogner avant même de songer à relever les babines.

 

Le chien régulateur existe-t-il au final ?

De nombreuses conférences ont vu le jour sur ce sujet (de la socialisation à l’éducation du chien professeur) mais aucun consensus n’est à relever. Il est bien plus sain de penser que le chien magique “créé pour éduquer” n’existe pas, mais qu’en revanche, nous pouvons tous avoir de bons chiens posés qui communiquent bien, capables de rassurer un chien intimidé comme poser des limites à un autre trop envahissant.

Pour arriver au plus près de cet idéal, nous pouvons dégager quelques indices, comme l’âge, la taille et le poids. Un adolescent de deux ans n’aura pas la maturité pour se gérer, et certainement pas pour le faire avec les chiens autour. Un petit border ou un lévrier n’auront ni la taille, ni la masse pour canaliser un australien trop brute. C’est donc idéalement un chien assez vieux, grand et massif pour s’imposer sans force, qu’on ne pourra pas renverser d’un coup d’épaule. 

Un chien qu’on aurait pu qualifier de “régulateur” par ses compétences en communication devrait interrompre les batailles, et non les créer ou y participer. 

Le chien bien codé, car il existe, est tellement discret qu’on ne le voit même pas agir, module son approche en fonction des chiens qu’il a en face. 

Nul besoin de passage en force, de coup d’éclat extraordinaire qui rend bien en vidéo. Ni crête ni crocs, juste la patience pondérée d’un vieux sage.

Si en lisant tout ça, vous avez l’impression que c’est aussi réaliste que de détailler une licorne, eh bien vous êtes très proches de la réalité. 

Parce qu’on ne croise pas des licornes à chaque balade dans les bois. 

 

 

Une réflexion sur cette licorne

Avoir un chien si posé, si bien codé et si dévoué est rarissime. La plupart des chiens posés et si bien codés se foutent totalement des problèmes créés par les autres, et ils ont bien raison ! 

Car au final, peut-on réellement penser qu’il est sain de mettre un chien pacifique et bien codé avec des congénères agressifs, stressés ou oppressants ?

A-t-on réellement réfléchi aux conséquences d’une exposition prolongée aux cas difficiles ? 

Peut-on réellement rester calme et patient quand ces qualités sont mises à l’épreuve toutes les semaines, parfois tous les jours ? 

Nous le savons, la communication canine s’apprend et se désapprend avec une facilité déconcertante. Les chiens “savent”‘ parler chien mais seulement quand ils ont en face des réponses appropriées.

Alors si le chien tolérant manifeste quinze fois son besoin d’espace en détournant la tête et que cela ne marche pas…

Il va monter en intensité. 

Très rapidement il comprendra que le seul remède contre un congénère peu respectueux est d’user de ses crocs.

Et c’est ainsi qu’on bousille d’excellents chiens.

 

Alors…

Votre chien n’est surement pas régulateur. 

Mais s’il l’était, il serait peut-être plus prudent de ne pas l’utiliser comme tel… 

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Choisir son chien : entre l’envie et la réalité

Photo ci-dessus : ©Marine Legagneur photographie – Elevage des loups de la Hem Merci beaucoup à tous les photographes et éleveurs qui ont envoyé leurs photos pour illustrer cet article !   Lors d’un live questions/réponses

Apprenez-lui à surmonter les défis

J’en étais encore à mes balbutiements en matière d’éducation, mais j’avais un chiot avide d’expériences avec une socialisation primaire lamentable, et beaucoup d’imagination pour remédier à cela. Une poubelle en plastique, des croquettes.. Une bouteille