Les balades silencieuses, encore une mode fort inutile

On dirait le titre d’un blog écrit par un quinquagénaire bossant en coercitif et très ancré dans ses traditions. Pourtant, non, je gave mes chiens de friandises, je suis éducatrice en méthodes positives et j’aime bien certains côtés de l’éducation naturelle (et ses dérivés, quels qu’en soient les noms qu’on lui donne). Pourtant, le concept de balade silencieuse m’a toujours vaguement fait tiquer. L’explication se trouve dans les phrases de ceux qui découvrent ce nouveau trend :

« Aujourd’hui, avec Fidou, on a testé la balade silencieuse, et c’était trop cool ! »

 

Mais ?

En fait, à quoi ressemblent leurs balades, en temps normal ?

J’ai du mal avec ce soudain mouvement qui fait paraître une promenade sans rappels incessants comme un nouvel envol new age de l’éducation non violente. Et le retour de ceux qui essaient renvoie clairement cette image : on peut y voir des résumés de propriétaires ravis, qui ne considèrent absolument pas cette tentative comme l’occasion de revoir leur façon de faire. C’était juste un truc comme un autre, à l’image de cette recette qu’on essaie un jour et qu’on ne refera que pour les grandes occasions, ou pour varier un peu.

 

Le concept, si vous ne l’aviez pas encore totalement saisi, c’est de lâcher toutou (si possible, l’option longe ou laisse reste envisageable) et de faire son tour ou sa randonnée sans l’appeler, sans lui demander de laisser cette chose ou celle-là, de venir par ici, non plutôt par là, plus vite, stop, à gauche, non l’autre, oh tu suis oui ou merde ?

Communion et complicité.

Non, vraiment. C’est qu’on fait des envieux à jouer au GPS du début à la fin.

 

Personnellement, j’aime la nature, et je prends un réel plaisir à vadrouiller dans les bois. J’aime le son de l’herbe ou des feuilles mortes sous mes pieds, j’aime les petits détails qui rendent un chemin unique, j’aime le craquement du bois, le chant des oiseaux, le silence à peine brisé par la faune et la flore qui vivent et bruissent.

Et j’ai du mal avec ceux qui passent leur temps à rappeler le pauvre quadrupède qui aurait fait l’erreur d’avancer de trois pas de trop.

A votre avis, que pense le chien ?

Cet être qui, contrairement à moi, ne partage pas une heure avec vous par semaine, mais plusieurs balades par jour ?

Il ralentit, on l’appelle.

Il accélère, on le rappelle.

Il regarde un copain passer, on hurle.

Il s’attarde sur une touffe d’herbe, on s’impatiente.

Il hésite à un embranchement, on monologue en espérant plus ou moins qu’il comprenne;

Et si un cycliste passe alors qu’il n’est pas au pied, c’est la fin du monde – sait-on jamais, ce pauvre animal pourrait décider de se jeter dans les roues du vélo.

 

Aurait-on fini par oublier que le chien vit à votre rythme, enfermé quand nous le voulons, mangeant à l’heure que nous décidons, sortant où nous choisissons et le temps que nous préférons… Et lorsqu’ils peuvent avoir la chance d’arracher un peu de liberté, de temps “rien qu’à eux” pour courir et renifler, il y a toujours cette bride immatérielle, ces injonctions, cette impatience… Et au final, peut-on vraiment dire que le chien se détend et exprime pleinement ses besoins de canidé lors de ces moments en libre ?

 

Les conséquences d’un tel traitement sont très nettes : soit l’animal, lassé, finit par devenir totalement téléguidé et ne prend presque plus la peine de prendre les odeurs, de creuser ou de courir, soit il ferme les écoutilles, profite de cette soupape d’air pur pour évacuer la pression… Et n’entend pas les hurlements de son cantateur préféré, son bien-aimé maître, qui s’époumone à le rappeler pendant deux heures et demi.

 

Je suis intimement persuadée que ces foutues balades crispantes ne sont rien de moins qu’une machine à fabriquer des chiens déconnectés.

J’avais envie d’écrire “désobéissants”, mais qui ne finirait pas par se tailler loin de cette machine à parler que nous devenons ? Les chiens ne désobéissent pas. Ils font ce qu’ils peuvent pour nous faire plaisir, mais la relation d’un duo interspécifique demande des efforts des deux côtés.

 

Depuis quand pense-t-on qu’un chien à besoin de notre aide pour éviter un vélo ?

A chaque fois que j’évoque ce cas précis, on me répond “c’est par politesse, je ne veux pas qu’il gène” ce que je conçois. Mais lorsque votre chien cavale le nez au sol et que vous l’appelez, si votre démarche a du sens, il devrait vous regarder puis venir à vous. Donc ne pas voir le vélo. Donc augmenter ses chances de se le prendre en pleine face.

Et puis sérieusement.

L’espagne a presque plus de galgos que de rats dans les rues de ses grandes villes, et ces adorables lévriers savent pertinemment comment circuler en évitant les voitures, qui ne s’arrêtent certainement pas pour les laisser traverser.

On vante tant l’intelligence du chien, mais on s’évertue à la brimer dans notre quotidien…

 

Alors voilà mon conseil : arrêtez.

Arrêtez tout. Arrêtez de parler, arrêtez de stresser, arrêtez de faire ce que vous faites, surtout si ça ne marche pas. Arrêtez d’apprendre à votre chien que vous n’êtes qu’une enceinte portative exaspérante, et profitez avec lui de la nature, ou juste d’un moment de silence.

Si vous avez réellement peur de le perdre, mettez le en longe et taisez-vous.

La plupart du temps, en choisissant bien votre lieu de promenade, cela sera de toute façon superflu : votre chien se rendra très vite compte qu’il est inutile de vous fuir comme la peste puisque vous avez cessé d’émettre des demandes.

Marchez à son rythme. Attendez-le. Si vous pouvez, laissez-le décider du chemin. Si vous ne pouvez pas, choisissez le chemin de votre choix et avancez. Il vous suivra de bon gré, et vous serez réellement impressionné de voir à quel point votre relation évoluera, et votre niveau de stress baissera.

Rappelez-vous que c’est SA promande, pas la votre, pas votre entraînement pré-concours, pas un ring où on vous demandera des comptes. Juste un moment partagé en toute quiétude.

Et à chaque fois que vous penserez à comment le contrôler, cherchez plutôt à vous connecter avec lui.

Si cet article vous a plu, pourquoi ne pas le partager ?

Share on facebook
Facebook
Share on twitter
Twitter
Share on pinterest
Pinterest
Share on linkedin
LinkedIn

« Mon chien est gentil !!! »

Combien de fois avez-vous entendu ou peut-être prononcé cette phrase ? En liberté partout et sans rappel, ces chiens sont considérés comme sociables. Mais la frontière est fine entre le chien gentil et le harceleur

L’éducation positive, c’est quoi ? (partie I)

En continuelle expansion dans les pays anglophones où elle est née, l’éducation “PO” (pour POsitif / POsitive) tarde à s’installer en France, et surtout dans nos clubs cynophiles. Bourrée de clichés nés de la méconnaissance,