Le leurre inversé, votre nouveau BFF

 

Il a l’air franchement sauvage, ce terme barbare “leurre inversé”, non ?

 

Pourtant, ce n’est pas une méthode complexe, une théorie scientifique ou un principe ardu à saisir. Il se cache sous beaucoup d’autres noms plus sympa, comme “It’s your choice”, “zen bowl”, “puppy zen”, “want the treat ? Ignore the treat”… Comment ? ça ne vous dit toujours rien ?

Concrètement, vous tendez à votre chien une poignée de gâteries, et il les fixera avec délectation… Sans y toucher.

 

Aucune attitude menaçante, ni “tu laisses” ni “atteeeeends” et encore moins de “pas toucher !” c’est un exercice de self control, qui vise à apprendre au chien que ce qui est dans votre main (et ensuite, par terre) n’est pas disponible pour lui actuellement. Il devra attendre un ordre précis pour pouvoir s’en saisir.

 

 

(la vidéo est en anglais mais montre très bien la méthodologie à suivre)

 

 

Le principe du leurre inversé (reverse luring)

 

Lorsqu’un chien comprend tout à fait ce concept – c’est à dire que quand vous posez sa gamelle pleine au sol, vous n’avez pas besoin de lui dire d’attendre pour éviter qu’il se jette dessus – il propose très spontanément un comportement, qui est le regard. Regard sur vous, ou regard sur la nourriture, selon la façon dont vous avez mené l’apprentissage.

En plus de ce regard fixé (attendant notre approbation) le corps se fige, dans l’attente de la libération : c’est précisément tout l’intérêt de ce travail. Grâce à ce concept très simple à inculquer à un chien, quels que soient son âge, son niveau d’éducation ou votre relation, vous pourrez obtenir une très bonne immobilité, qui peut être utilisée directement (brossage) ou pour généraliser un apprentissage (tenue de position par exemple).

 

 

 

Le leurre inversé et ses mille utilités.

 

Généralement, le leurre inversé n’est utilisé qu’en soi, c’est à dire qu’on vous apprend l’exercice de base pour que le chien ne vole pas le contenu de votre main (ou pochette à friandises) et ça s’arrête là. Eventuellement, on demande au chien de ne pas bouger pendant qu’on pose des croquettes sur ses pattes, son nez ou entre ses crocs, mais globalement c’est le seul intérêt qu’on semble trouver à cet outil pourtant formidable. Voyons donc ensemble comment passer au niveau supérieur, une fois, insistons bien sur ce fait, que le concept est tout à fait maîtrisé.

 

Apprentissage du refus d’appât

L’exercice de la main qui se referme sur la friandise quand le chien essaie de la voler est le premier que je fais avec mes chiots, à peine arrivés à la maison. Pas besoin de assis, de couché ou de donne la patte (comportements qu’ils proposeront naturellement en travaillant cet exercice d’ailleurs) mais nous commençons notre collaboration avec ce concept simple : si tu veux ces friandises, n’essaie pas de les voler, qu’elles soient dans ma main, dans un bol, ou… Sur une table.

Dès que mon chiot recule ou s’assoit quand je pose des croquettes au sol, je commence à en laisser sur les tables, assez près pour qu’il puisse les voir, mais trop loin pour s’en saisir. Du coin de l’oeil, j’observe mon chiot essayer de s’en saisir, et, fort de ses succès précédents, il va très naturellement reculer… Ou s’asseoir. J’en profite pour le féliciter et courir le récompenser de gâteries fort appétissantes !

En quelques semaines, j’ai un chiot qui peut m’accompagner pique-niquer sans saccager les saladiers et grimper sur les genoux de tout le monde, et qui reste sagement couché en attendant les lamelles de jambon que je lui donnerai à intervalles très réguliers.

L’apprentissage est maitrisé très rapidement, sans aucun conflit et de façon tout à fait durable.

Si vous avez quelques difficultés à généraliser ce concept, suivez les étapes décrites dans l’article : Mon chien mange tout ce qui traîne.

 

Voyez-vous la croquette ? Il ne me reste plus qu’à le brosser !

 

Toilettage et soins médicaux

Dans la même veine que le refus d’appât, j’utilise le leurre inversé lors du brossage : je pose une gamelle devant mon chiot, lui passe un coup de brosse et récompense. Au début, chaque coup de brosse est suivi d’une friandise piochée dans la gamelle, et au fil des semaines, je délaie peu à peu, en brossant plus longtemps entre chaque renforcement. Après quelques mois, je peux poser une unique croquette au sol devant mon chien, qui restera debout pendant que je tournerai autour de lui, ou sur le flanc si je dois couper ses griffes (comme la vidéo plus bas, où une amie lime les griffes de mon chien pendant que je récompense à intervalles réguliers)

Ce procédé peut être utilisé pour les soins médicaux, comme refaire un bandage, vérifier l’état d’une blessure, nettoyer les oreilles…

Toutes ces manipulations doivent être néanmoins exécutées par paliers, et être très renforcées au début pour les associer à un événement positif.

 

Tenue de position

Les obeïstes (pratiquants d’obeïssance) utilisent très fréquemment cette technique pour vérifier si leur chien comprend tout à fait l’exercice, et lui démontrer que rester en position sera toujours plus payant que de la quitter.

On demande par exemple au chien de se coucher, on récompense la bonne exécution puis on tend une poignée de lardons au chien, qui doit rester statique et ne pas bouger ne serait-ce qu’une patte. La main peut rester en position plusieurs secondes, puis le chien sera récompensé, soit en lui tendant un lardon et en continuant l’exercice, soit en l’autorisant à se servir directement dans la main (fin de l’exercice, le chien est libéré puis remis en position pour un nouvel essai)

J’apprécie énormément cette façon de faire pour clarifier mes ordres, surtout le “prends/porte” : il me suffit de tendre un objet à mon chien, qui le prend en gueule, puis soit je tends une poignée de friandises, soit de la dépose par terre et j’attends. A mon signal de fin (“okay !”) le chien peut lâcher l’objet et manger les récompenses.

S’il lâche l’objet avant, nous recommençons l’exercice.

Notez que dans ce scénario, je n’évoque même pas la possibilité que le chien lâche l’objet et fonce “voler” les friandises… Si c’est le cas c’est qu’il manque une base quelque part !

 

J’ai utilisé cette technique pour prendre cette photo, car Ludie connaissait l’ordre “porte” mais nous n’avions jamais travaillé avec de la distance.

 

Généralisation des apprentissages

Souvent, les chiens sont un peu trop focalisés sur la récompense (qu’il s’agisse de nourriture ou de jouets) et semblent dans leur bulle, à fixer l’objet de leur convoitise. Nous pouvons les aider à en sortir en travaillant plus régulièrement sur le contrôle de leur impulsion, en utilisant le principe du leurre inversé (vous commencez à comprendre la chanson) on tend des friandises (ou un jouet), le chien n’y touche pas… Et on donne un ordre simple, bien connu (comme assis, couché ou un trick simple). Si c’est réussi, bravo ! On récompense. Si non, on retente, si possible en baissant la difficulté (main ou jouet plus loin par exemple).

Avec un peu de pratique, vous pourrez enchaîner plusieurs comportements et récompenser seulement à la fin !

 

 

 

Musculation et Fitness canin

Comme vous l’avez appris récemment, on muscle mieux son chien lorsqu’il est immobile. Il est donc extrêmement important de lui apprendre à tenir des positions simples pendant dix secondes minimum : d’abord assis et couché, puis debout, et enfin nous pourrons passer au travail avec du matériel approprié.

Ces étapes sont très importantes pour éviter de commencer un travail compliqué avec un chien qui souffre, mais sont en général, les premières à sauter (en effet, qui parmi vous a déjà pris le temps d’apprendre un debout stable et bien équilibré à son chien ? Si vous le désirez, c’est le défi du mois de notre groupe “Tricks & Fitness canin”)

Contrairement à ce qu’on pourrait imaginer (ou ce qui est montré en vidéo), enchaîner dix positions sur un coussin n’aidera pas votre toutou. Les positions doivent être tenues dans le calme et la stabilité, ce qui est le plus souvent… Très compliqué à obtenir !

Le leurre inversé est une solution très facile, et ô combien pratique pour y remédier. Avec une main tendue ou une croquette à terre, le chien fixé dessus, nous pouvons prendre le temps de bien observer la position de son corps, et vérifier si son dos n’est pas creux, si ses pattes ne sont pas trop écartées… Détails que nous risquons de tout simplement négliger si nous sommes trop occupés à empêcher notre chien de danser la salsa sur son coussin.

 

Le leurre inversé a donc bien des utilités, et j’éditerai certainement cet article au fur et à mesure des rappels et des suggestions – n’hésitez pas à participer, et à partager cet article pour faciliter la vie de ceux qui ne connaissaient pas toutes ces utilisations alternatives !

Comme tout apprentissage, gardez bien en tête que chaque étape doit être pleinement maîtrisée avant de vouloir passer à la seconde. Si vous devez sans cesse rappeler à votre chien qu’il ne doit pas se servir, ou que vous ne pouvez pas vous empêcher de dire “non !” ou “tu laisses” c’est qu’il faut revenir aux bases, car les fondations ne sont pas tout à fait acquises.

Soyez patients, tout se met en place avec du travail !

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