L’éducation positive, c’est quoi ? (partie I)

En continuelle expansion dans les pays anglophones où elle est née, l’éducation “PO” (pour POsitif / POsitive) tarde à s’installer en France, et surtout dans nos clubs cynophiles. Bourrée de clichés nés de la méconnaissance, c’est pourtant une méthode d’apprentissage qui a su faire ses preuves chez tous les êtres vivants, des tigres aux lapins en passant par les chiens et même… Les humains !

Vous l’avez peut-être lu sur des forums ou dans des livres, on vous l’a conseillée ou critiquée, mais au final… Vous ne savez pas vraiment ce qu’est l’éducation positive ? En quoi elle consiste ? Comment diffère-t-elle des « autres » méthodes d’éducation ? Parfait, cet article est fait pour vous !

L’éducation « positive » c’est quoi au juste ?

Vous vous dites que toute éducation est forcément positive – après tout, même un enfant sait différencier une récompense d’une punition, et vous avez raison ! Cependant, l’éducation positive ne se distingue pas par sa façon de récompenser chaque comportement, mais par sa façon d’envisager les punitions. En effet, une expérience très simple, basée sur des études bien plus complexes, a pu démontrer que les récompenses distribuées lors d’un apprentissage encourageaient l’élève à participer plus activement, à créer un lien avec son mentor et à proposer des solutions, encouragé par ses réussites antérieures. En revanche, les punitions (même d’une intensité très faible) démontraient une passivité de plus en plus flagrante chez l’élève, une peur des initiatives et un éloignement envers le mentor.

Reprenons donc.

  • • Lorsqu’on récompense, on créé un lien avec son élève (ici, le chien) on l’encourage à être actif dans son apprentissage et à proposer des solutions
  • • Lorsqu’on punit, on amenuise le lien avec le chien, et de peur de recevoir une correction, ce dernier reste prostré et ne propose plus rien.

Vous y êtes. Voilà les fondamentaux de l’éducation positive.

 


On ne punit donc jamais en éducation positive ?

Le cliché le plus utilisé lors de chaque débat est bien celui ci : puisqu’on récompense tout, on ne punit pas ! Donc pas de règle, donc anarchie… Et pas d’éducation !

Cela ne démontre en fait qu’une ignorance totale de la méthode (et pour aller plus loin encore, du mode de vie “PO”.

Voyons récompense et punition comme deux signaux : la récompense valide une idée, un geste, une initiative… Et la punition infirme. Dans le cas de cette dernière, inutile de frapper le chien, ou de hurler « non ! » à chaque petit geste de travers : l’absence de récompense sera une punition.

Vous ne voyez pas ? Regardons ensemble.

Vous voulez que votre chien apprenne la position « au pied » : vous pouvez donc l’amener près de votre jambe avec une friandise, ou récompenser chaque pas dans la bonne direction. Lorsque le chien est à la place voulue, vous récompensez. Lorsqu’il se décale, vous ne récompensez plus.

Mais en situation réelle ? C’est la même chose ! Bien souvent, on utilise la coercition car la violence fait cesser le comportement indésirable, montant par la même occasion les niveaux d’anxiété de notre compagnon. Pourtant, le chien, comme toute créature équilibrée, ne peut s’épanouir dans le conflit permanent ; la plupart du temps, il suffit de l’ignorer, de l’isoler ou de réguler l’environnement pour que le problème disparaisse.

Quelques exemples :

  • Il aboie ? Identifiez pourquoi. Si c’est de l’attention, isolez-le. Si c’est de l’anxiété de séparation, faîtes plutôt appel à un professionnel qui saura vous aiguiller sur un plan de conduite précis.
  • Il ronge vos chaussures ? Rangez-les et donnez-lui des jouets de même texture à la place. Si ce n’est pas par ennui, c’est pour faire ses dents !
  • Il ne revient pas au rappel ? Mettez-le en longe (régulez l’environnement) en attendant de travailler ce rappel qui évidemment, ne s’apprendra pas tout seul.

Pas de hauts cris. Pas de coups sur la laisse. Pas de peur, de stress ou d’anxiété. Simplement un langage respectueux, simple à comprendre : lorsque le chien collabore, il reçoit ce qu’il aime (jouer, manger, courir…) et dans le cas contraire, il ne reçoit tout simplement rien.

 


éducation positive cynotopia

« Cette méthode-là ne marche qu’avec des petits chiens dominés, mon malinois/pitbull/berger allemand croisé alligator à besoin de poigne »

Si vous êtes persuadés de cette affirmation, je vous enjoins à écrire à certains champions d’obéissance, de ring ou pas mal de maîtres-chiens pour leur annoncer que ces méthodes ne marchent pas (malgré les flots gagnés ou les vies sauvées). Pensez à élargir votre courrier à tous les centres de captivité où des animaux plus ou moins sauvages apprennent à effectuer des gestes douloureux pour leur suivi vétérinaire, grâce à l’éducation positive. (Comment rivaliser de “poigne” avec un ours ou une orque ?)

Voilà ce qui rend l’éducation positive aussi appréciable : la force ne fait jamais partie du tableau. Des carlins, des grands danois, des bergers du Caucase, des huskys sont éduqués sans aucun problème, car il ne s’agit plus de dominer son chien, ou de le forcer à obéir : il est question de collaborer avec. De lui donner envie de le faire.

 


Si c’est si simple, pourquoi utilise-t-on encore des colliers électriques, pourquoi conseille-t-on partout une certaine forme de violence banalisée pour régler les petits tracas ?

La réponse est simplissime : parce que la force et la violence peuvent donner une impression de réussite à court terme. et parce qu’appliquer une correction est bien plus simple que chercher les causes d’un comportement indésirable et travailler sur la longueur pour l’éliminer.

Les anciennes méthodes perdurent tout simplement parce qu’elles marchent vite. A notre époque, où nous attendons d’un chiot de trois mois qu’il soit propre, qu’un chien de chasse revienne au rappel alors qu’il cavale après un lapin, que nous imaginons qu’il est du devoir du chien de marcher à notre pied et pas ailleurs… Nous ne nous donnons plus le temps. Nous voulons des résultats rapidement, et la violence donne toujours des résultats rapides.

Lorsqu’on entraîne un chien au rappel, il est évident qu’un choc électrique le fera revenir plus vite qu’une friandise, parce que la première action mise sur sa peur, et la seconde sur son choix de coopérer.

Beaucoup ne se posent pas la question : il faut un résultat rapide, en détriment du bien-être du chien.

Mais, et si vous vous la posiez, cette question justement ?

L’éducation positive permet au chien (et au maître!) de s’épanouir en favorisant le développement intellectuel des deux côtés, tout en créant un lien solide dans un duo qui se donne la peine de comprendre l’autre partie et de la respecter.

Plus qu’une “méthode” d’apprentissage, le PO est un véritable mode de vie : celui d’accepter d’éduquer un individu en respectant son intégrité physique et émotionnelle.

 


Dans la suite de cette article, on répondra à : qu’est-ce que le clicker, comment comprendre les signaux d’apaisement, et la différence entre le luring, le shaping et le capturing.

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