Cessez donc de tripoter mon chien !

Plus jeune, j’étais le type d’enfant à caresser tous les chiens qui passaient. J’adorais les animaux, nous n’en avions pas à la maison, je voulais un chien de tout mon coeur mais cela n’avait aucun impact sur le refus inflexible de ma mère. Alors je touchais tout ce qui passait, à la grande horreur de ma famille qui me réprimandait de grandes tirades moralisatrices : “Tu ne sais pas s’il est gentil, il aurait pu te mordre…” qui n’avaient aucun effet. L’éventualité qu’un chien puisse ne pas vouloir être touché ne m’avait jamais effleuré l’esprit. Pourtant, je recherchais le consentement des chevaux avant un contact en tendant ma main et en les laissant me humer puis avancer ou reculer ! Mais jamais on ne m’avait expliqué cette notion pour les autres animaux, sans doute parce que mes parents eux-mêmes n’en avaient pas conscience. 

Plus de vingt ans après, si moi j’ai heureusement évolué, le monde n’a pas beaucoup bougé. Le consentement chez l’animal est très présent chez les pratiquants de méthodes bienveillantes, mais les mentalités des non initiés n’ont pas changé. On approche, touche, manipule des chiens sans l’aval de leur maître, et on s’étonne de réactions vives ou de morsures.

 

Pourquoi demander l’avis du chien avant toute interaction ?

Si le consentement de l’animal avant toute approche est très présent dans le milieu hippique, il ne l’est que très peu dans ceux cynophiles. Le cheval, cet animal-proie, est certes effrayé facilement, mais un coup de dent ou de pied éventuel tend à calmer les ardeurs des plus tactiles. Mais le chien est un animal si proche de nous, caractérisé comme social, aimant, meilleur ami de l’homme et plus encore des enfants… Comment pourrait-il refuser une marque d’affection ?

Eh bien dans la grande majorité, oui, les chiens adorent les caresses. 

Mais des personnes qu’ils connaissent !

Exactement comme vous n’avez aucun problème à claquer une à quatre bises sur les joues d’inconnus qui se sont un minimum présentées à vous… Mais vous aurez un mouvement de recul si dans la rue, on vous fonce dessus en vous tendant la joue !

De plus, nous n’aimons pas tous les manifestations tactiles : certains prennent dans les bras et d’autres vont sciemment reculer pour éviter d’être touchés. 

Tout comme nous, le chien a des préférences, et n’est pas une peluche vivante, un bien public à la disposition des passants. 

Il a des envies, des émotions, et pas forcément besoin de se prendre un shampoing de doigts à chaque fois qu’il croise la route d’un humain. 

Il n’a de même, pas nécessairement envie ou besoin de dire bonjour et jouer avec chaque chien qu’il croise pendant une balade….

 

Le chien : forcément sympa, social et joyeux

Les films et la littérature contribuent à créer dans notre esprit l’image du chien “meilleur ami” qui réclame câlins, balles et confidences. Il doit aimer tout le monde; accepter tous les chiens, jouer, etre rigolo et mignon.

C’est globalement ce que la plupart attendent de lui.

Mais quand on rentre pleinement dans le monde du chien, les nuances deviennent si grandes que ce stéréotype finit par le plus avoir le moindre sens.

Il y a des chiens sociaux, des chiens trop envahissants et des chiens solitaires.

Il y a des chiens câlins et des chiens qui fuient même le contact de leur humain.

Il y a des chiens drôles, des chiens énergiques, des chiens mous, des chiens qui aiment tout le monde et des chiens qui veulent avoir la paix.

Il y a des chiens rescapés qui ont peur de leurs congénères ou des humains, et vont au choix fuir le contact ou créer l’affrontement pour faire reculer la source de leur stress.

Et à travers cette grande variété, cet arc-en-ciel de chiens de caractères et d’horizons différents… On attend tous d’eux le même comportement ouvert et jovial. 

 

 

Ce besoin d’espace non respecté

La plupart des problèmes de nos jours viennent de ce manque de considération pour le consentement. Combien de fois avez-vous subi une rencontre forcée parce qu’un chien était lâché et fonçait sur le votre ? Ou parce qu’un promeneur a amené son chien en laisse face au votre, sans forcément vous poser de questions ?

Alors si vous avez ce chien sympa et tolérant, peut-être n’aviez-vous jamais remarqué.

Mais si vous avez un chien réactif ou peu enclin aux rencontres forcées, alors cet article ne vous apprend rien. 

On aura beau écrire des articles les plus ouverts et patients, ou les posts les plus haineux et polémiques, il restera malgré tout une immense part de la population qui se moquera bien de ce que pense votre chien.

Qui voudra le câliner pour SE satisfaire, SE faire plaisir….

Ou lâcher son chien avec le votre pour avoir la paix à la maison…

Et dont vos beaux discours sur les distances et accords mutuels laisseront de marbre. 

Heureusement, des gens fort inventifs se sont penchés sur des solutions !

 

 

Le ruban “code couleur” : besoin d’espace

L’initiative du ruban de couleur trouve comme tant d’autres chose, sa source dans le monde équestre. Les chevaux qui mordent sont un problème bien moins courant que ceux qui bottent. Lors des concours, où les candidats attendent bien souvent leur tour en file indienne, les accidents étaient vite arrivés. En balade également, où les chevaux avancent dans la grande majorité des cas les uns derrière les autres, les chevaux oppressés avaient tendance à taper pour créer de l’espace. 

L’idée du ruban de couleur vit donc le jour, noué sur la queue des chevaux sensibles. Ainsi, en s’approchant d’un cheval concerné, on voyait immédiatement le ruban et on pouvait prendre ses distances. 

Une idée simple, peu chère et pratique, qui n’a trouvé ses limites que dans sa diffusion. Certains cavaliers se tapent encore le front en se rappelant des “oh joli ruban décoratif !” entendus juste avant une ruade mémorable. 

Le concept a été repris, déformé, augmenté, et au final peut-être un peu trop complexifié, tant et si bien que pour certains cavaliers, le ruban jaune est celui qui demande de l’espace, et pour d’autres c’est le rouge. 

 

L’initiative a été reprise par les propriétaires de chiens, mais si la moitié des cavaliers ignorent la signification des rubans, c’est encore pire avec les canidés. Le ruban devient juste un accessoire décoratif sur la laisse, malgré quelques tentatives pour le faire connaître…

 

 

 

Pour faire passer le message… Il faut un message !

J’ai eu l’occasion de tester mille et une choses avec mes chiots, soucieuse de les protéger de mauvaises expériences lors des périodes critiques. Si j’ai pu en tirer une conclusion, c’est que le code couleur seul ne marche pas, et n’est connu que de personnes qui en ont besoin. 

Donc il ne touche pas les personnes qu’on veut prévenir. 

Il faut donc un message écrit, et pour le coup on peut le dire : plus c’est gros, et mieux c’est ! 

A l’époque, j’avais commandé une manchette à mettre sur la laisse, énorme, très lisible, jaune fluo. 

Elle avait marché assez bien pour être utilisée pendant des mois, mais avait quelques points faibles. Lorsqu’une personne était réellement fixée sur le chiot et fonçait vers lui pour le prendre dans ses bras (oui oui, ces gens existent) ses yeux ne tombaient pas sur le message accroché à la laisse. Ils restaient sur le chien. Il fallait donc quelque chose SUR le chien. 

 

canicode, 7.50€

 

Je me suis donc dirigée vers les vestes, harnais et dossards. J’ai cherché un peu partout, comparé les prix, tenté des trucs moi-même… Et finalement découvert l’entreprise Créat’chon, qui commercialise des vestes personnalisables fabriquées en France, et qui s’est faite populariser grâce à elles. 

Le prix étant conséquent (plus de 30€) j’ai longuement hésité avant de passer le pas, puis j’en ai commandé deux. Et il n’y a pas à dire, l’effet fut immédiat.

 

La veste Creat’chon

J’ai commandé deux vestes, une pour Ludie, qui est ma chienne d’assistance, et qui m’aide vaillamment à ne pas m’éclater au sol dès qu’il y a une marche… Et une pour travailler Zuma, mon chiot Tervueren, dans les lieux publics. 

Si le manchon de laisse suscitait souvent plus de questions que d’ignorance, la veste créée une véritable barrière “officielle” qu’on ne peut pas louper. Le texte est certes important, mais le logo est la plupart du temps ce que les gens voient en premier. 

J’ai déjà croisé plusieurs personnes qui se sont arrêtées pour lire les bandes de texte, et contrairement au manchon, ne m’ont pas posé de questions mais ont accepté tout simplement l’idée qu’il fallait laisser mon chien tranquille. 

J’ai donc pu travailler Zuma dans des lieux très variés, et à ce jour personne ne l’a touchée sans mon autorisation lorsqu’elle portait la veste. Ma chienne est d’une patience d’ange, mais comme toute belge, elle n’a d’yeux que pour moi et n’aime pas qu’un inconnu la touche sans prévenir. Cette veste lui a donc permis de travailler son attention et sa confiance en elle dans des lieux compliqués, car aucune main intempestive n’était là pour la tirer de sa “bulle”. 

C’est donc un achat que je ne regrette pas du tout et que je recommande même aux propriétaires de chiens sensibles, réactifs ou juste beaucoup trop mignons ! 

 

Quelques conseils sur le choix de votre veste

Que vous choisissez Creat’chon ou un autre fabriquant, voici quelques recommandations pour que votre achat soit le plus profitable possible :

  • Si la veste est réellement importante pour la sécurité de votre chien, évitez les motifs et préférez une couleur unie et sobre pour mettre en valeur le texte.
  • Gardez ce dernier court et le plus clair possible. Vous pouvez étalez les informations sur quatre lignes, mais le plus utile selon moi est de laisser “ignorez-moi” des deux côtés. Ensuite, choisissez le texte de votre choix. “Chien sensible, n’approchez pas, chien au travail” marchent très bien.
  • Les textes faisant mention de peur sont à réfléchir car certains pourraient prendre l’inscription comme un défi à relever. Du genre “votre chien à peur des gens mais MOI j’aime les animaux et il va le sentir” … 
  • Le pictogramme avec la main barrée est le plus marquant et celui que je conseille.
  • Vous pouvez avoir une petite réduction avec le code “CYNOTOPIA” (je ne gagne rien sur ce code, l’article n’est pas rémunéré non plus, il reflète juste mes impressions réelles)

Après plusieurs mois d’utilisation, les vestes sont un peu chiffonnées (parce que je les bourre sans y penser dans mes sacs à dos) mais les bandes de texte ne se sont ni “cassées” ni décollées. Les coutures sont solides malgré leur apparente simplicité et après des parties de jeu effrénées, aucune lanière n’a cédé. 

Mon seul regret est juste d’avoir autant attendu une solution moins chère, alors que la veste vaut chaque euro de son prix.

 

Pensons juste un peu plus loin…

Il est vrai que l’on pourrait vite arriver à la conclusion que les chiens stressés sont une nouveauté, le signe évident que l’éducation positive est un problème, parce qu’avant “ce n’était pas comme ça”.

Avant nous n’avions pas besoin d’acheter d’accessoires pour éviter que des gamins ne se pendent au cou de nos chiens.

Mais “avant”, non seulement l’éducation coercitive était majoritaire (le chien devait obéir et on ne laissait aucunement la place à son ressenti et son individualité).. Mais on était également conscient qu’un chien avait sa façon de dire “stop” (la morsure). 

Ainsi, la plupart des chiens pouvaient évoluer sans être considérés comme des peluches vivantes, dont le moindre signe de rejet, le plus petit grognement est considéré comme une tare. 

Aujourd’hui, le chien n’a plus vraiment le droit de dire “non” et c’est à nous de le faire pour lui. C’est à nous de bloquer le passage quand des enfants se jetent sur lui pour le toucher, c’est à nous d’expliquer, d’éduquer et encore plus même quand il s’agit d’adultes. 

Et quand nous voulons juste nous balader, travailler ou avoir la paix… Un gros “fichez-nous la paix” sur le dos du chien fait tout aussi bien le travail et sert de prévention explicite !

Si cet article vous a plu, pourquoi ne pas le partager ?

Share on facebook
Facebook
Share on twitter
Twitter
Share on pinterest
Pinterest
Share on linkedin
LinkedIn

Fitness canin, proprioception : premiers exercices

Cet article est la partie 2 de « Fitness canin, proprioception : bien débuter » dans lequel j’expliquais ce que c’était, en quoi cela le muscler servirait à votre chien et comment/où se fournir en matériel à